Coronavirus : la goutte d’eau qui fait exploser le vase

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Créé sur Par Baptiste Detombe

Le coronavirus, tueur de notre économie ?

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D'après les prévisions les plus optimistes, quelle année aurait-dû se déclencher la prochaine crise économique mondiale après celle de 2008 ?

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La récession économique qui suivra la crise sanitaire liée au COVID-19 sera terrible. Vous le lirez, l’entendrez à peu près partout, et il est assez difficile de contredire cette prédiction alarmante. Cependant, même si l’idée de jouer à Nostradamus n’est pas déplaisante, loin de nous l’envie de s’amuser à prédire l’apocalypse. Ce qui est en revanche beaucoup plus intéressant, c’est de voir que, malgré ce fichu pangolin, tous les éléments étaient déjà réunis pour que 2020 soit le théâtre d’une nouvelle crise économique mondiale, et que, si l’on met de côté le désastre sanitaire et humain qu’est le coronavirus, celui-ci n’est en fait que la goutte de trop d’un vase déjà bien rempli.


Pour se rendre compte de la violence de la dépression qui est en train de s’abattre sur l’économie mondiale, rien de tel que quelques chiffres qui font froid dans le dos : alors que le FMI prévoit une contraction du PIB mondial de 3% sur l’année 2020, voire plus en cas de prolongement du « Grand Confinement » avec une possibilité de débordement sur 2021 (1), les Etats-Unis ont déjà annoncé un plan de relance de 2 000 milliards de dollars (2), tandis que l’Etat chinois estime lui devoir investir près de 6 500 milliards de dollars dans son économie (environ trois fois le PIB de la France) (3). A titre de comparaison, après la crise des subprimes de 2008-2009, le plan de relance américain n’avait pas dépassé les 739 milliards de dollars (4), celui de la Chine les 596 milliards de dollars (5), et le PIB mondial n’avait chuté « que » de 2%. Il serait hypocrite d’affirmer que la pandémie n’est qu’une cause comme une autre menant à un effondrement du système économique international puisque, de toute façon, celui-ci serait arrivé de toute façon : en effet, la crise que nous vivons a un caractère exceptionnel et imprévisible qui doit être pris en compte. Néanmoins, les rouages qu’elle a enclenchés, eux, étaient inéluctablement voués à se mettre en route.

Le jeu des prédictions économiques est un jeu délicat et très incertain, pouvant faire passer n’importe quel Prix Nobel pour le premier commentateur de comptoir venu. Tenez par exemple le fameux Nouriel Roubini, docteur en économie d’Harvard, devenu célèbre pour avoir prédit dès 2005 l’effondrement du marché immobilier américain menant à une crise économique mondial : il avait également prédit un effondrement total de l’économie chinoise en 2013 (6), et, en ce sens, l’adage sarcastique disant que « Certains économistes ont prévu 30 des 3 dernières crises » se vérifie plutôt bien. Néanmoins, il y a deux arguments imparables qui permettent d’affirmer que nous foncions droit dans le mur, et ce, pangolin ou pas.

Il y a tout d’abord l’hégémonie du système néolibéral sur l’ensemble de l’économie mondiale. En effet, alors que le capitalisme libéral classique « subit » l’impact d’une crise économique, le néolibéralisme, lui, s’en nourrit: quand la crise naît du capitalisme, le néolibéralisme naît de la crise. Cette dernière nourrit effectivement un cercle vicieux absolument bénéfique à la doctrine néolibérale, entre chômage et endettement public, conduisant non seulement à une baisse du coût du travail mais surtout à un affaiblissement de la puissance publique menant à des privatisations bradées, un service public à l’asphyxie, soutenant l’idée que l’Etat n’est pas apte à intervenir dans la vie économique, et qu’il faut laisser plus de liberté aux marchés et à la finance, seuls capables de distribuer équitablement les ressources et de servir l’intérêt général. Les adeptes du néolibéralisme sont même prêts à créer ces crises de toute pièce pour permettre l’implantation de leur idéologie, comme ce fut le cas en 1973 au Chili avec le coup d’Etat américain ayant permis l’installation à la tête économique du pays des « Chicago Boys », des économistes néolibéraux formés à l’Ecole de Chicago par Milton Friedman. Cela peut paraître caricatural, mais c’est malheureusement cette vérité absurde et difficilement crédible qui a touché de nombreux pays suite à l’avènement du tatcherisme et de la reaganéconomie au début des années 1980. Comment contredire le fait que, depuis cette époque, les crises monétaires et financières se sont constamment répétées? Et si elles étaient, dans un premier temps, seulement régionales (krach américain de 1987, bulle spéculative japonaise de 1989, crise « Tequila » mexicaine de 1994, crise asiatique de 1997, crise argentine de 2001), elles sont rapidement devenues mondiales (explosion de la bulle Internet de 2002, crise de 2008).

 

Quand la crise naît du capitalisme, le néolibéralisme naît de la crise

 

Ensuite, justement, l’inaction criminelle des différents gouvernements mondiaux suite au désastre de 2008 est elle aussi à mettre en cause. Certes, des petites mesurettes d’ajustement avaient été prises pour stabiliser temporairement l’économie et donner l’impression que les responsables avaient été punis, le « non sauvetage » par le gouvernement Obama de la banque Lehman Brothers en étant le parfait exemple (7). Mais, d’un autre côté, les banques et autres fonds d’investissements développaient déjà de nouvelles manières de contourner le règlement, comme la très intéressante pratique du « shadow banking » (ou finance de l’ombre) (8), tandis que l’on laissait les dettes publiques s’envoler pour faire rembourser aux populations les errements du système néolibéral et laisser ce dernier se nourrir du cercle vicieux créé. Pendant que les financiers se faisaient (tout doucement) taper sur les doigts, les Grecs mourraient la bouche ouverte, avec une contraction du PIB par habitant de 25% entre 2007 et 2016, une récession comparable à celle causée par une guerre mondiale (en l’occurrence, la Première Guerre mondiale en France avait causé une contraction du PIB de près de 33%).

En fait, s’il fallait filer la métaphore, le capitalisme néolibéral serait un peu comme une vieille 306 avec laquelle on aurait du mal à avancer et dont le moteur fumerait de plus en plus régulièrement, obligeant d’aller chez le garagiste avec un coût de réparation chaque fois de plus en plus élevé. Cette fois, le moteur ne s’est pas mis à fumer tout seul, mais il a littéralement explosé après que la voiture ait heurté un dos-d’âne. Arrive alors l’heure du choix: soit on retourne chez le garagiste, quitte à payer encore plus cher, soit on décide une bonne fois pour toute de changer de véhicule. Au moment le plus intense de la crise de 2008, l’économiste américain nobélisé Joseph Stiglitz écrivait dans une lettre ouverte que « Le fondamentalisme néolibéral est une doctrine politique au service d’intérêts privés, il ne repose pas sur une théorie économique. Il est maintenant évident qu’il ne repose pas non plus sur une expérience historique. Cette leçon est le seul bénéfice à tirer de la menace qui pèse sur l’économie mondiale » (9). Mieux vaut tard que jamais.

 

Arrive l’heure du choix : soit on retourne chez le garagiste, soit on décide de changer de véhicule

 

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