Coronavirus, ou la victoire du dogmatisme sur la santé

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Créé sur Par Baptiste Detombe

Pour comprendre en quoi le coronavirus est-il un réel danger:

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Quelle est la différence entre le taux de létalité en Italie et celui en Allemagne?

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Ci-gît le résultat d’un attentisme menant l’action de l’État à n’être que réaction

Alors qu’il a été de bon ton de critiquer la Chine1 pour sa communication autour de la feue épidémie (aujourd’hui pandémie), mais aussi pour ses méthodes jugées « autoritaires », celle-ci n’a ni plus ni moins été félicitée par l’OMS pour sa gestion de la crise et voit ses méthodes d’action copiées à l’étranger. Là encore il était trop tentant de laisser planer des biais occidentaux pour blâmer un pays qui aujourd’hui sort tout juste difficilement la tête de l’eau. Si lutter contre le virus se traduit par des affiches dans les aéroports, alors il n’est pas étonnant de voir une telle propagation en France, et au passage le discrédit du modèle qui est le nôtre. Pourtant, il aurait été de bon augure que de prendre au sérieux la Chine, comme la Corée de Sud l’a fait, et de profiter de ce temps pour agir plutôt que réagir… Chaque journée comptait, et pourtant nous sommes restés aveugles…

 

Mieux vaut prévenir que guérir

 

La prudence aurait dû être de mise pour une raison toute simple : le coronavirus était et est toujours un inconnu. Une variable dont on ignore trop pour se permettre l’inaction et le confort de la routine. Pour rappel, l’état d’urgence sanitaire avait été déclaré par l’OMS déjà le 30 janvier, et bien avant celle-ci appelait les pays à prendre d’ores et déjà des mesures pour endiguer le monstre naissant. Sa nouveauté aurait dû mener à la méfiance et alerter sur les caractéristiques du virus, connus progressivement, qui en font une menace mondiale : sa durée d’incubation spectaculaire d’environ une semaine, sa létalité des cas guère ridicule de 3,4 %2 (à ne pas confondre avec la létalité de l’infection impossible à connaître), ou encore sa capacité de mutation qui semble déjà avoir eu lieu en Iran3. Au final, sa grande période d’incubation couplée à de nombreux cas asymptomatiques permettent à la maladie de se jouer des individus et de se répandre à une allure aussi imprévisible qu’inquiétante. Avec l’apparition d’un tel risque, chaque jour est compté, la science peut tenter de trouver des solutions, mais celle-ci a besoin de temps. Or, il est clair que les pays européens n’ont rien fait pour lui en accorder. Notre santé a été remise entre les mains du hasard, il semblerait que nous n’avons pas été chanceux… Ou bien que le risque planant sur la France était particulièrement important ?

 

 

Une France cliente idéale du virus

Notre impréparation est injustifiable au vu de la probabilité d’être une des cibles privilégiées. La malchance ne semble point être le meilleur facteur explicatif à cette contagion française et européenne. Je m’explique.

 

 

 

Cette carte recense les foyers actifs de la pandémie. Une chose est frappante, et fait comprendre en quoi notre impréparation est injustifiable. Sont ici majoritairement concernés par le virus : la Triade. Les grands pôles de la mondialisation libérale dans lesquels mouvements de capitaux et humains se croisent et s’entrecroisent. Que ce soit du fait du tourisme ou de l’interconnexion et interdépendance de nos économies, nous concentrons les flux humains. Une maladie aussi contagieuse que celle-ci n’avait alors plus qu’à attendre le bon chaland prêt à être rapatrié ou le ressortissant inconscient, et le tour était joué. Pourtant l’idée de contrôler les frontières n’a même pas été discutée en Europe.

 

Autre trait commun à la France, et à l’Europe, nécessitant une prudence plus que souhaitable : la proportion de personnes âgées. En effet, le taux de mortalité du virus évolue beaucoup en fonction de l’âge. Ainsi, les individus infectés de plus de 80 ans ont 14,8 % de risques de décéder4, soit quatre fois plus que le taux sus-mentionné. Or, si il y a bien un bastion de la vieillesse dans le monde, c’est bien l’Europe : l’âge médian est de 42,2 ans en 2017, pour 30,4 ans dans le monde. Cette population à risque prolifère sur notre territoire, et pourtant, rien n’a été fait pour la protéger.

Enfin, autre signal d’alarme ne laissant pas le droit de faire reposer notre destin dans les mains du hasard : la faible capacité d’accueil des hôpitaux. Les pays européens, et la France particulièrement, sont jugulés par une austérité budgétaire consistant en les critères de Maastricht (ne pas dépasser 3 % de déficit). Les Etats s’y plient, les services publics sont exsangues. Si la région de Wuhan a un taux de létalité particulièrement élevé, c’est parce que les hôpitaux ont vite été surchargés. Ce qui apparaît en France n’est donc pas réjouissant : le Grand Est arrive déjà à saturation5 alors que la maladie est loin d’avoir atteint son pic. Ce qui ici est attristant, est que cette situation est précédée de complaintes répétées et désespérées d’un personnel hospitalier qui a multiplié les manifestations pour réclamer plus de matériel, plus de personnel… Sans réponses convaincantes. L’OMS a récemment confirmé la sensibilité de l’Europe au virus en déclarant le continent nouvel « épicentre »6 de celui-ci. Pourtant, malgré cette menace pesant sur la France, les alertes de notre ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn à l’exécutif mi-janvier annonçant un « tsunami (…) devant nous »7 n’ont suscitées aucune réactions. Celle-ci se désiste alors de son poste pour s’affairer à la campagne des municipales. La fuite en avant semble s’esquisser, avec une légère odeur rappelant la démission de Nicolas Hulot après l’inaction du gouvernement pour l’environnement. Mais alors, comment expliquer ces atermoiements ?

 

Lorsque le dogmatisme prend le pas sur notre santé

 

Les hôpitaux ont donc été abandonnés et ce alors que l’épidémie devenait pandémie. Cette désertion des pouvoirs publics se traduit par cette phrase prononcée par un neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à notre Président « Vous pouvez compter sur moi, l’inverse reste à prouver »8. Pourtant, s’en remettre à E. Macron revient à faire face à une impasse. Ici, la clé du problème se trouvait dans l’autorisation de faire fi des règles budgétaires qui a été donnée le 12 mars par Ursula von der Leyen après qu’elle ait déclaré une « flexibilité maximale » vis à vis des traités européens (sans pour autant que ceux-ci soient suspendus). Déclaration arrivée alors que le virus était déjà bien implanté en Europe. Les pays se sont retrouvés dans l’impossibilité d’agir, d’être proactifs, dans la mesure où l’austérité empêche tout investissement public et force un immobilisme mettant en péril notre santé. Ainsi, l’action de von der Leyen est d’autant plus tardive et décevante que l’on se fie aux recommandations de l’OMS conseillant de « préparer les hôpitaux et les dispensaires à faire face à l’augmentation brutale du nombre de patients, et former les agents de santé »9. Mais tout va pour le mieux, dans sa grande mansuétude la Commission européenne a débloqué 120 milliards d’euros pour venir en aide aux banques frappées par ce climat économique moribond10. Et 37 milliards d’euros seront alloués pour aider en priorité les entreprises des pays membres11. Le message est encore très flou, et la proportion d’argent allouée aux acteurs privés face aux Etats en proie à cette crise est révélateur d’un biais idéologique très dangereux. En parallèle de ces aides au privé, l’Italie réclame à corps et à cri du matériel sanitaire pour sauver ses hôpitaux, celui-ci est livré par la Chine, après le refus de la France et de l’Allemagne. Sommes-nous égoïstes ? Démunis semble plus pertinent comme le montre le million de masques envoyé par la Chine à la France. « Nous saurons nous souvenir des pays qui nous ont été proches. »12 a en conséquence déclaré Luigi Di Maio pour remercier Pékin. Au final, la solidarité européenne ne trouve sa place que dans les discours, mais qu’importe, persévérons dans cette union de l’attentisme et des tensions.

Autre objet d’entêtement de nos idéologues (qui n’ont rien de technocrates) européens et français : les frontières. Comme expliqué plus haut, le débat autour des frontières commence à peine à faire son chemin là où de nombreux pays ont déjà laissé place aux actes. Les pays ayant été proactifs et n’ayant pas traîné pour mettre en place des contrôle ou interdictions aux frontières sont aujourd’hui dans une situation qui leur permet de contrôler les flux d’individus et donc de malades. C’est le cas de la Russie, de l’Inde, du Pakistan, d’Israël, du Danemark, de la Pologne et de nombreux pays africains. Ces restrictions vont des contrôles sanitaires obligatoires à l’interdiction d’entrée sur le territoire aux ressortissants d’un Etat. Malgré sa pertinence, le 12 mars, E. Macron plaide contre le rétablissement des frontières internes à Schengen pour « éviter le repli nationaliste ». C’est un succès ! Celui-ci est aujourd’hui évité, au prix de la santé de nos concitoyens. Le comble de l’incohérence a été lorsqu’il a appelé à un renforcement des contrôles aux frontières de Schengen, comme si un repli européiste serait plus sain qu’un nationaliste, comme si ses idées primaient sur nos vies… E. Macron veut « éviter des mesures non coordonnées » à l’échelle européenne, qui vont à l’encontre des traités européens : le principe de libre circulation nécessite l’envoie d’une missive à la Commission pour justifier la fermeture des frontières13. Notre Président attend ainsi le feu vert d’Ursula von der Leyen14 qui désapprouve ces contrôles aux frontières déclenchés unilatéralement15. La France n’est plus souveraine, l’on en paie le prix. Evidemment, la fermeture perd en pertinence avec l’augmentation du nombre de cas internes au pays. Sans être pour autant obsolète, comme le montre l’Allemagne qui tend à se barricader alors qu’elle est elle-même un foyer du virus. Le contrôle des mouvements humains est désormais essentiel.

La gestion du coronavirus est l’histoire du triomphe du dogmatisme sur la raison. C’est en tout cas ce qui est constatable en France. Aucune précaution, à peine de prévention. Plus de temps passé à attendre une cohésion européenne et le relâchement des traités, que de préparation face à l’impatient virus. Aujourd’hui les mesures s’enchaînent, elles sont proportionnelles au danger. Ce qui est regrettable est que le gouvernement ait laissé ce même danger s’installer. Alors que nous aurions pu être dans l’action, la réaction est tout ce qu’il nous reste. Mais cette pandémie est révélatrice d’une chose essentielle : nos préjugés, nos fondements, sont ébranlés. Notre interdépendance nous affaiblit. Les frontières ne sont pas amenées à disparaître et ne sont en rien d’affreux outils inhumains. Le primât de l’économie sur l’humain tend à rencontrer ses limites, la croissance aussi. Espérons que cette élite religieuse considérera ce bouleversement à sa juste valeur.

 

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La réponse du gouvernement au coronavirus selon vous est-elle arrivée à temps ?

Baptiste Detombe

Sources :

1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/16/coronavirus-le-modele-de-gouvernance-chinois-n-est-pas-un-modele-a-suivre_6033206_3232.html + https://www.franceculture.fr/emissions/la-transition/si-les-chinois-netaient-pas-la
2 https://trustmyscience.com/oms-taux-letalite-coronavirus-revu-a-la-hausse/ 2
3 https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/en-iran-le-coronavirus-a-t-il-mute_2119812.html
4 https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/coronavirus-les-hommes-ages-sont-les-plus-vulnerables-7800180193
5 https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/15/coronavirus-dans-les-hopitaux-du-grand-est-la-situation-est-tres-difficile_6033166_3224.html?utm_campaign=Lehuit&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3-
6 https://www.bbc.com/news/world-europe-51876784
7 https://www.20minutes.fr/politique/2742199-20200317-coronavirus-quittant-ministere-savais-vague-tsunami-devant-reconnait-agnes-buzyn
8 https://www.bfmtv.com/politique/nous-sommes-au-bout-macron-interpelle-par-un-medecin-de-la-pitie-salpetriere-sur-la-crise-des-hopitaux-1865330.html
9 https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/39419/9242560979_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y
10 https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/coronavirus-la-bce-debloque-120-milliards-d-euros-pour-soutenir-l-economie-148324.html + https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/coronavirus-la-bce-debloque-120-milliards-d-euros-pour-soutenir-l-economie-148324.html
11 https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-l-ue-promet-toute-l-aide-necessaire-l-italie-et-va-debloque-37-milliards-d-euros-6778660
12 https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-litalie-sen-remet-a-la-chine-pour-affronter-lurgence-1184129
13 http://www.rfi.fr/fr/europe/20200314-ue-l-europe-schengen-mise-%C3%A0-mal-le-coronavirus
14 https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/face-au-coronavirus-emmanuel-macron-propose-de-controler-ou-fermer-schengen_2120858.html
15 http://www.rfi.fr/fr/europe/20200313-commission-europeenne-UE-critique-desordre-fermeture-frontieres

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