Gauche-Droite: l’heure du dépassement

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Créé sur Par Baptiste Detombe

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De la question des mutations politiques et du renversement des alliances

 

L’élection présidentielle de 2017 a été l’occasion d’un bouleversement total du paysage politique français. Pourtant, contrairement à une idée répandue, cet épisode n’a rien d’un événement conjoncturel, mais est au contraire fondamentalement structurel. 2017 correspond à la cristallisation d’un mouvement de grande ampleur, qui est celui du renversement des clivages politiques. Cette rupture tire ses racines d’un mouvement historique plus large, qui voit le clivage droite/gauche s’affaiblir, et s’effacer devant une nouvelle dualité que l’on peut réduire à la sémantique libéralisme/illibéralisme.

Retour sur les mutations historiques et politiques de notre époque.

 

La fin d’un cycle

 

En premier lieu, le mouvement le plus caractéristique de notre époque est à relier au caractère cyclique de l’histoire.

En effet, un grand nombre d’indicateurs tendent à démontrer que nous assistons à la fin d’un cycle historique très ancien, ouvert après la Révolution de 1789. Tous les grands mythes politiques qui ont structuré le paradigme idéologique français depuis l’avènement de la République sont en train de s’effondrer ; le progrès, le républicanisme, les droits de l’homme, la rationalité, … Ces grandes idées modernes, issues du mouvement intellectuel des Lumières, ont fait long feu. La plupart ont échoué et mettent en lumière la faillite de la modernité. Le progrès, par exemple, n’a pas tenu sa promesse de bonheur formulée au 19ème siècle. La science n’a pas réussi à guider les masses vers un monde meilleur : bien au contraire, elle participe à une entreprise qui remet en question tous les cadres moraux qui fondaient l’humanité. Les deux guerres mondiales ont été la conséquence la plus visible de la faillite du progrès. Hormis pour une poignée d’élite, celui-ci n’est plus un horizon politique. Près de 500 ans avant Camus, François Rabelais était déjà en avance sur notre époque : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

S’il fallait prendre un second exemple, celui du républicanisme serait le plus pertinent. C’est une évidence que les tenants de la République ont triomphé des monarchistes, la disparition de la question de la forme du régime politique dans le débat public en est la preuve. Pour autant, il est frappant de constater que près de 250 ans après la Révolution française, la Res-publica, c’est-à-dire la chose publique, a elle aussi échoué. Elle n’a pas réussi à se mettre au service du bien commun, et, au contraire, tend à servir les intérêts d’une minorité. La privatisation permanente du pouvoir par une oligarchie politique, économique et financière l’a détourné de sa mission initiale. Or, il n’est pas de légitimé du pouvoir sans le service de l’intérêt général : en France, la République n’a pas amené la démocratie, du moins pas comme on pouvait l’espérer. Par ailleurs, les principaux reproches adressés par les monarchistes au régime républicain se sont avérés être vrais : la République n’a pas réussi à produire de grands Hommes (hormis De Gaulle, mais ce dernier est davantage le produit des circonstances historiques qu’autre chose). La brièveté du mandat exécutif empêche toute tentative d’incarnation réussie. La dépersonnalisation du pouvoir n’a mené qu’à un vide à la tête de l’Etat. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux, en France, à contester les institutions ainsi que le caractère républicain du régime. En octobre 2018, un sondage réalisé par l’IFOP révélait que 40% des Français seraient prêts à voir un pouvoir autoritaire dans leur pays afin de mener les réformes qui s’imposent.

Ces quelques éléments tendent donc à démontrer que les concepts structurants de la révolution de 1789, ainsi que du paradigme idéologique qui en découle, sont en train de s’effondrer un par un. La contemporanéité a fait émerger de nouvelles thématiques, qui s’articulent pour une majorité d’entre elles autour de thèmes traditionnellement de droite : la question identitaire, le renouveau du fait religieux, le besoin de pouvoir incarné, la détresse sociale et spirituelle … Or, à mesure que le paradigme idéologique change, le jeu politique change également. La disparition annoncée de la social-démocratie, ou de ce qu’on appelle la « gauche de gouvernement » s’inscrit dans cette logique. Celle-ci n’a plus les moyens de sa subsistance politique : son logiciel idéologique est incapable de se renouveler, car les préoccupations de la majorité des Français lui sont étrangères. De la même manière, la résurgence de ce qu’on appelle grossièrement « l’extrême-droite » ou bien du « populisme » est nourrie par ce nouveau paradigme. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan ne sont pas les visages d’un nouveau danger fasciste, ils sont simplement l’avant-garde de l’expression populaire anti-libérale.

 

Le renversement des alliances

 

Notre époque est à la confluence de plusieurs mouvements historiques. Tout indique qu’un cycle pluri-centenaire est en train de se refermer, entrainant avec lui le « vieux monde ». Une grande partie des mutations politiques que nous connaissons procèdent de cette dynamique. Dès lors, il est parfaitement normal que le jeu politique français change. Ce dernier est en pleine recomposition, et l’effondrement annoncé du clivage droite/gauche en est la conséquence la plus visible.

Soyons clairs dès le départ : les cultures politiques de droite et de gauche continuent d’exister, et ce, pendant probablement très longtemps encore. Il existe toujours des « imaginaires », composés d’événement historiques, de grands personnages, ou de grands mythes politiques, qui sont propres à chaque camp. C’est ainsi que la Commune de Paris en 1871 ou bien l’idée d’égalité appartiennent au patrimoine immatériel de gauche, de la même manière que la figure du général De Gaulle ou le principe d’autorité renvoient davantage à la culture de droite. La ligne de fracture gauche/droite renvoie elle à une opposition très ancienne entre d’un côté les tenants de l’émancipation de l’individu et la morale individuelle, et d’un autre côté ceux qui croient dans la primauté du corps politique sur l’individu et supportent l’idée de morale collective.

Pourtant, aujourd’hui, ce clivage gauche/droite n’est plus structurant dans la polarisation de la vie politique française. Il suffit de regarder les résultats des dernières élections européennes pour le constater : si l’on additionne les scores des partis dit traditionnellement de gauche, c’est-à-dire le Parti socialiste, Europe-Ecologie-les-Verts, la France Insoumise, Génération.s, et le Parti communiste, on obtient moins de 32% des suffrages. A droite, si l’on additionne les scores du Rassemblement national, des Républicains, et de Debout la France, le score commun est de moins de 36%. Autrement dit, aucun des deux camps n’atteint la majorité des suffrages à lui tout seul, ni même ne s’en approche un tant soit peu. Pourtant, aux élections européennes de 2004, le rapport de force était tout autre : le bloc de gauche rassemblait un peu moins de 45% des suffrages, et le bloc de droite près de 48,5%. Aux dernières élections présidentielles, en 2017, les deux finalistes ne se positionnaient pas sur l’axe de polarité droite/gauche, mais prétendaient transcender cette ligne. De plus si l’on en croit les sondages, ces deux mêmes personnalités sont données au coude-à-coude au second tour de la présidentielle de 2022 : Emmanuel Macron l’emporterait avec 55% des voix contre 45% pour Marine le Pen (sondage IFOP de novembre 2019).

Partant de constat, il n’est plus possible de conquérir le pouvoir en France en se réclamant uniquement de gauche ou bien de droite. Il faut chercher des voix ailleurs, ce qui suppose une recomposition du paysage politique. Pour autant, est-ce qu’il existe un nouveau clivage politique structurant en France ? Probablement que oui. L’élection présidentielle de 2017 et les élections européennes de 2019 en ont été l’avant-garde. L’affrontement entre le Rassemblement national et la République en Marche, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, donne une illustration des nouvelles lignes de fracture idéologique : les solidarités collectives contre les sociabilités contractuelles, l’échelle nationale contre la globalisation, l’enracinement contre l’émancipation, le corps politique contre l’individu, le sacré contre le marché, l’absolu contre le relativisme, les continuités identitaires contre le communautarisme. Une idée relie tous ces concepts : le libéralisme. Le libéralisme historique, dans sa globalité économique, culturel, politique et anthropologique, né à la suite du mouvement des Lumières, semble être devenu l’essence des fractures contemporaines en France, mais également dans le monde occidental.

La dualité libéralisme/illibéralisme est aujourd’hui la clé de lecture d’un paysage politique en perpétuel mouvement. En 2017, Emmanuel Macron a réuni les forces libérales sous sa bannière, qu’elles soient issues de la gauche ou de la droite. Un « bloc libéral » s’est formé, stable et homogène. Face à lui, des forces illibérale très puissantes sont en voie de convergence, à gauche comme à droite : Mélenchon et Le Pen incarnent deux électorats qui présentent de nombreuses continuités idéologiques, notamment sur l’immigration. Cette frange de la population, c’est celle des Gilets jaunes. Entre ces deux blocs que tout sépare, une faible proportion de l’électorat est tiraillée. Les Républicains et le Parti Socialiste, très affaiblis, sont les derniers réceptacles d’une France qui n’a pas encore trouvé sa place dans le nouveau monde politique. Respectivement François-Xavier Bellamy et Benoît Hamon incarnent parfaitement cette tentative de synthèse entre libéralisme et illibéralisme : le premier est conservateur sur le plan politique et culturel, mais libéral économiquement. Le second est interventionniste au niveau économique mais libéral politiquement et sociétalement. Ces incohérences ne feront pas long feu : leur marginalisation politique a déjà commencé et est inévitable.

 

Finalement, plusieurs grands mouvements caractérisent notre époque. Sur le plan historico-politique, de nombreux éléments indiquent que nous sommes à la fin d’un cycle très ancien. Les fondements idéologiques qui ont nourri la Révolution française et la naissance du régime républicain sont en train de s’effondrer. De cette « révolution silencieuse » procède une partie des mutations politiques et idéologiques en cours : à mesure que le clivage droite/gauche s’affaiblit, des lignes de fracture autour du libéralisme commencent à structurer le débat public. Cette dualité libéralisme/illibéralisme n’est pas une nouveauté dans l’histoire, elle existe depuis longtemps, et certains événements l’ont mis en évidence (la révolte des Canuts à Lyon en 1831 par exemple). Sa prédominance actuelle relève du constat de bon sens, et nombreux sont les commentateurs politiques à partager cette analyse.

Dernièrement, c’est le très médiatique Jérôme Sainte-Marie, politologue et sondeur, qui approfondit l’étude de ce nouveau clivage dans un livre intitulé Bloc contre bloc – La dynamique du macronisme. Il y présente la rivalité entre un bloc élitaire au pouvoir, mené par Emmanuel Macron, et un bloc populaire encore dispersé, dont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont les représentants. Il apparait qu’en France, la recomposition politique sera totale quand Les Républicains et le Parti Socialiste auront définitivement disparu, et que le bloc populaire se sera unifié sous la bannière d’une personnalité unique, à même de défier Macron. Libéralisme/illibéralisme, quand tu nous tiens…

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