La Commune, ou la traditionnelle trahison des élites françaises

5
(4)

Le 28 mai prochain, nous célébrerons les 150 ans de l’écrasement de la Commune de Paris. Cette insurrection populaire inédite est certainement l’un des évènements historiques les plus importants dans la mémoire politique de notre pays. La Commune, c’est la naissance d’une mythologie révolutionnaire à gauche, autour des barricades, du drapeau rouge, des martyrs, ou encore du temps des cerises…  Toutefois, on aurait tort de regarder la Commune comme une simple insurrection socialisante échouée à la fin du XIXème siècle. La Commune ne vit pas que par les annuelles célébrations au mur des fédérés, cet épisode est brûlant d’actualité car il illustre parfaitement un phénomène très français et ancien : la trahison du peuple par les élites.


Le 18 mars 1871: le début d’un mouvement populaire

La révolution industrielle du XIXème siècle a entraîné l’émergence du prolétariat et de la classe ouvrière, qui se concentre principalement dans les centres urbains qui ne cessent de croître face à l’exode rural. À Paris, plus de la moitié de la population vit dans une “pauvreté voisine de l’indigence”, les grands travaux du Baron Haussmann vont profondément changer la sociologie de la ville. Les populations les plus pauvres se déplacent vers les quartiers du Nord et de l’Est de la ville qui deviennent dès lors des foyers révolutionnaires. Depuis 1789, les grandes révolutions ont toujours commencé à Paris, en 1830 comme en 1848, mais en cette fin de XIXème siècle, on observe une coupure entre Paris et le reste de la France. Effectivement, le référendum de mai 1870 organisé par Napoléon III, voit le “oui” l’emporter largement partout en France, sauf à Paris, bastion républicain du “non”.

La même année, le second Empire de Napoléon III entre en guerre contre une coalition de tous les États allemands dirigée par la Prusse, le futur Kaiser Guillaume et le chancelier Bismarck. Suite à la défaite française à la bataille de Sedan, la IIIème République est proclamée à Paris. Un gouvernement de Défense Nationale s’organise. Mais l’Assemblée Nationale nouvellement élue dominée par les monarchistes ainsi que le nouveau “chef du pouvoir exécutif de la République française”, Adolphe Thiers, veulent surtout obtenir la paix pour enrayer le défi interne de la révolution socialiste. Face à la menace que représente Paris, « le chef-lieu de la révolution organisée, la capitale de l’idée révolutionnaire », le gouvernement se réfugie à Versailles. Le 18 mars 1871, Thiers fait saisir les canons sur la butte Montmartre, deux généraux sont tués, le peuple de Paris se soulève à partir des quartiers du Nord-est de la ville (Montmartre, Belleville…).

 

Un affrontement refaçonné par la mondialisation

 

La mondialisation a produit une séparation culturelle rendant nos élites de moins en moins françaises, mais de plus en plus “mondialisées”. Ce “peuple de nulle part”, doté de forts capitaux économiques et sociaux ne croit plus à l’État-nation. Or, en dehors de ce cadre national, il n’y a pas de politique, de démocratie, ni même de solidarité sociale possible. Tous ces éléments ne peuvent s’exprimer que s’ils sont légitimés par un fort sentiment d’appartenance à une même communauté. La sécession des élites n’est donc pas seulement un problème moral ou une indécence, c’est avant tout une menace pour les fondements de notre démocratie et de notre pacte social.

 

En dehors de ce cadre national, il n’y a pas de politique, de démocratie, ni même de solidarité sociale possible

 

Le deuxième phénomène à l’origine de cette sécession n’est pas économique ou culturel, mais sociologique. En effet, dans un pays où l’ascenseur social n’est plus qu’un mythe pour beaucoup, le profil sociologique de nos élites s’homogénéise depuis plusieurs décennies. En témoignent l’absence de représentativité des députés de l’Assemblée Nationale, ou encore celle des élèves de l’ENA. Dans les deux cas, la présence d’ouvriers ou de fils d’ouvriers est infime, alors qu’ils représentent encore 20% de la population active.

 

Bloc bourgeois et bloc populaire : actualité d’une opposition idéologique

 

La Commune de Paris met très directement en opposition deux camps: les versaillais et les communards. D’un côté, le gouvernement bourgeois dominé par les monarchistes, acquis à la démocratie représentative face à un soulèvement des classes populaires appliquant la démocratie directe et pour l’instauration d’une démocratie sociale. Évidemment, cette opposition ne s’est pas soldée par un règlement pacifique, mais par la semaine sanglante, du 21 au 28 mars. Les armées versaillaises ont écrasé le soulèvement parisien, faisant entre 10 et 20 000 morts. Malgré sa très courte durée -seulement 72 jours-, la Commune a su mettre en place un certain nombre de dispositions très importantes : pensions pour les veuves et orphelins de guerre, réquisition des logements vacants, mise en place de coopératives ouvrières, séparation des Eglises et de l’État, reconnaissance de l’union libre… La Commune met en place des balbutiements d’autogestion, de démocratie directe ou de mesures pour l’émancipation des femmes, le temps a simplement manqué…

Si les affrontements politiques sont depuis bien plus pacifiques, l’opposition idéologique et sociologique entre les deux camps reste très actuelle. On peut par ailleurs voir dans le mouvement des gilets jaunes de nombreuses similitudes avec la Commune de Paris. Il s’agit dans les deux cas de mouvements spontanés, émanant des classes populaires, réclamant une démocratie plus directe et des mesures sociales. En outre, ce sont tous deux des mouvements populistes. Or le populisme est un phénomène politique apparaissant dans des moments de crise que subissent les institutions politiques et qui vise avant tout à créer les conditions de la démocratie ou à radicaliser les institutions démocratiques déjà présentes, et, pour ce faire, mobilise le peuple contre les élites qui font obstacle à ces avancées démocratiques. En ce sens, la Commune de paris, comme les Gilets Jaunes sont tous deux des mouvements populistes qui ont l’avantage de dépasser les clivages anciens pour se concentrer sur la question politique la plus fondamentale qui soit : la réappropriation du pouvoir par le peuple…

 

Pierre de Chabot

Votre avis nous intéresse !

Parce que vous comptez...

Résultat moyen : 5 / 5. 4

Soyez le premier à partager votre impression!

We are sorry that this post was not useful for you!

Let us improve this post!

Tell us how we can improve this post?

Start the discussion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *