À Paris, des agressions contre des supporters argentins

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Ce dimanche a eu lieu la finale de la Coupe du Monde de football au Qatar. Le match, opposant l’Argentine à la France, était très suivi par le public français, jusque dans les rues. En marge de cet évènement, des actes violents liés au hooliganisme se sont produits.


Patriotisme populaire

Dans le quartier de Châtelet, tous les bars sont pleins. La plupart diffusent la finale de la coupe du monde de football, opposant la France à l’Argentine. Dans les rues, la ferveur patriotique est visible. Les drapeaux bleu-blanc-rouge sont omniprésents, la Marseillaise se fait entendre à maintes reprises, et on chante des slogans encourageant l’équipe de France. Les bars sont déjà pleins depuis midi, la majorité des gens regardent le match depuis l’extérieur, à travers les fenêtres. Les plus petites rues sont noires de monde.

Chauvinisme

Juste avant le coup d’envoi, lorsque des joueurs de l’équipe argentine apparaissent sur l’écran, une forme de chauvinisme se fait aussi sentir. À ce moment, on entend des chants répétant des phrases comme « Messi, Messi, on t’encule » ou « Messi hijo de puta ».

Lors de la première mi-temps, Lionel Messi marque sur un penalty dès la vingt-troisième minute. La haine contre le joueur se décuple, et les slogans l’insultant reviennent davantage. À mesure que l’équipe de France manque de peu une occasion de marquer un but, le défaitisme gagne la foule. « Ce match, je le sentais pas » dit un spectateur, debout sur le pot d’une plante verte pour entrevoir une télévision du Café Chouchou. Un deuxième but est marqué par l’Argentine. Le défaitisme se voit sur tous les visages. « On va jamais rattraper 2-0 ! C’est bon je m’en vais à la mi-temps ! » s’exclame un jeune homme dans la foule.

Boulevard de Sébastopol à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche

Une chasse à l’homme

Quelques minutes avant la fin de la première mi-temps, un supporter, derrière la foule, agite un très grand drapeau argentin. D’une voix portante, un spectateur brise le silence : « Regardez-moi ce fils de pute, avec son drapeau ! » Des spectateurs l’insultent, toute la foule se tourne vers lui et on entend plusieurs « Casse-toi ! » hurlés par des voix pleines d’hystérie. Quelques bouteilles en plastique volent vers le supporter. Toute la déception des spectateurs se transforme en rejet envers cet inconnu. Certains hooligans s’approchent de lui, en lui criant dessus. L’un d’eux le frappe au visage, puis une foule se masse autour de lui. Son grand drapeau lui est arraché des mains, puis il s’éclipse rapidement dès qu’il en a l’occasion. Les hooligans sautent de joie sur la route avec le drapeau argentin volé. Ils tentent à plusieurs reprises de le brûler, puis le déchirent en morceaux, et le piétinent.

Boulevard de Sébastopol à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche

Lors de la reprise du match, la foule de hooligans ne regarde plus le match et se met à courir. Elle poursuit un autre jeune homme, en braillant des slogans contre l’Argentine. Le jeune homme finit par se faire attraper, il se fait alpaguer et crie quelques phrases en espagnol. Une partie de la foule se referme sur lui, au point qu’on ne le voit plus. « J’en ai même vu un sortir une barre de fer ! » dit Karim*, évoquant ces faits une dizaine de minutes plus tard.

« J’en ai même vu un sortir une barre de fer ! »

Ces comportements choquent certains spectateurs aux abords du Café Chouchou. « Ce sont des fous » juge Constance*, jeune supportrice dégoûtée par cette violence.

L’arrivée tardive de la police

Malgré deux agressions, les jeunes restent festifs et allument des fumigènes. La police arrive pour dégager la circulation, puis repart un peu plus loin. Jusqu’ici, la police n’avait été aperçue près du Café Chouchou qu’au début du match mais n’y est plus au moment des agressions. Aucun policier n’a donc pu venir en aide aux deux Argentins. 

Boulevard de Sébastopol à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche

Remontada des Bleus

Quand le premier but français est marqué, l’excitation est à son comble. Des jeunes s’amusent à monter à plusieurs sur des voitures en marche, à taper sur les capots, puis à ouvrir un camion pour monter dedans. 

Boulevard de Sébastopol à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche

Des équipes de policiers reviennent pour les renvoyer sur les trottoirs, puis restent près du café pour assurer la circulation. Un policier pointe son flashball vers des spectateurs du Chouchou, qui restaient pourtant passifs. Des femmes ciblées crient de panique, et les personnes en joue tentent de reculer vers une rue déjà bondée. Le policier finit par baisser son arme, et le calme revient.

Lors de la deuxième mi-temps, l’issue du match devient incertaine. Les Bleus rattrapent le retard de la première mi-temps, puis finissent par perdre aux tirs aux buts. Lorsque le dernier but argentin est marqué, la grande foule dans les rues de Châtelet est très silencieuse. Dans le centre commercial des Halles, les gens descendent les escalators vers le métro dans un silence de deuil. La défaite se fait entendre.

Joyeux chaos sur les Champs Élysées

Malgré tout, quelques centaines de personnes qui avaient décidé de festoyer coûte que coûte se retrouvent sur les Champs Élysées, près de l’Arc de Triomphe. Une légère pluie tombe, et des centaines de policiers et de gendarmes sont déjà présents. Les forces de l’ordre chargent à plusieurs reprises, puis avancent en faisant s’éloigner la foule de l’Arc de Triomphe. Un des policiers court vers ceux qui n’avancent pas assez en levant sa matraque et en hurlant « Dégage ! » à répétition. Après plusieurs séparations de la foule, elle se recrée derrière les lignes de police. La police force ensuite les gens à remonter en direction de l’Arc de Triomphe. Les feux d’artifice, que les fêtards avaient acheté pour célébrer la victoire des Bleus, servent désormais de projectiles contre la police. 

Avenue des Champs Élysées à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche
Avenue des Champs Élysées à Paris, le 18 décembre 2022. Crédits photo : Tanguy Lacroix / Gavroche

Tanguy Lacroix

* Les prénoms de certaines personnes citées ont été modifiés pour des raisons d’anonymat.

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