La France a besoin d’usines, pas de parcs de loisirs

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Le 24 août au soir, le président de la République s’est réjoui de l’annonce d’un partenariat contracté avec l’Arabie saoudite prévoyant l’ouverture de plusieurs parcs d’attractions consacrés à l’univers des mangas. 22 000 emplois seraient à la clef et, autosatisfait, le chef de l’État s’est empressé d’y voir un nouveau symbole du rayonnement français.

Si notre situation nationale, financière, économique et industrielle n’était pas aussi préoccupante, l’annonce pourrait encore prêter à sourire. Mais il n’en est rien, tant s’en faut. En creux, cela en dit long sur l’état de dégénérescence du logiciel mental de ceux qui nous gouvernent depuis quarante ans. Et cela est profondément exaspérant.

La France peine à produire, à exporter et à conserver ce qui lui reste d’industries stratégiques. Voilà les vrais sujets qui devraient préoccuper un chef de l’État conscient. Persister à célébrer, comme une victoire nationale, l’installation sur notre sol d’une offre de divertissement étrangère, elle-même financée par les capitaux d’un fonds souverain saoudien, n’est même plus une faute. C’est une faillite de la pensée.


La chimère de la politique des parcs à thèmes

La politique des parcs à thèmes n’est pas nouvelle. Elle constitue l’un des symboles de la transformation de notre modèle économique ainsi que de nos représentations sociales. En cela, avec l’européisme satisfait, c’est même l’un des piteux avatars légués par la gauche au pouvoir — et en échec — à partir du milieu des années 1980.

Le symbole absolu de cette politique est connu. Le 31 mars 1992, alors en voie de privatisation, Renault ferme les portes de son usine de Billancourt sur l’île Seguin. Quelques jours plus tard, Euro Disney ouvre les siennes à Marne-la-Vallée, rapidement complété par un immense centre commercial. La proximité dans le temps de ces deux événements sociaux demeure d’une cruauté symbolique d’une rare intensité. Nous avons délibérément renoncé à être une nation industrielle pour devenir une nation de services et de loisir. Or, un recul de trente-cinq ans nous force à avoir davantage d’acuité sur les conséquences de ce choix de société.

« Nous avons délibérément renoncé à être une nation industrielle pour devenir une nation de services et de loisir. »

Nos commandeurs, résolus à une adhésion aveugle aux grands principes de la société néolibérale avancée — dérégulation généralisée, consumérisme satisfait, culte de la performance, individualisme encouragé nimbé de multiculturalisme — ont oublié qu’une nation ne peut pas tenir debout si elle ne produit pas une part essentielle des biens dont elle a besoin. Pourtant, la France est engagée dans cette voie. Le résultat est sous nos yeux et il est accablant.

Depuis 1992, la France a renoncé à sa monnaie. Elle a renoncé à la maîtrise de sa politique commerciale. Elle a laissé s’effondrer plusieurs de ses géants, comme Alcatel, Pechiney ou Technip. À l’ombre de Disneyland et des critères de Maastricht, nous sommes passés d’une part de 22 % d’emplois industriels à seulement 12 % en 2025. Et que dire de notre endettement, qui s’établissait à 40 % du PIB contre 117 % aujourd’hui. Ces indicateurs ne sont pas indépendants les uns des autres. Ils forment un précipité cohérent. Celui d’une nation qui a renoncé à produire, qui peine à créer de la valeur pour susciter des rentrées fiscales, qui ne sait plus quoi donner comme activité à une partie croissante de ses citoyens et qui voit, par extension pernicieuse, sa population vieillir par manque de dynamisme et de sens.

Cette politique menée depuis quarante ans est un échec, constatons-le, et tâchons d’en sortir.

Sortir de cette logique

Un parc d’attractions prolonge l’inconscience environnementale et l’inconsistance intellectuelle. Une usine produit ce dont la Nation a besoin pour vivre.

Certes, à l’instar d’un parc de loisirs, une usine artificialise aussi les sols. Elle peut également avoir son lot de nuisances. Elle nécessite souvent des investissements considérables. Elle offre principalement des emplois pénibles. Mais elle produit quelque chose de tangible. Elle fabrique des biens. Elle développe des compétences. Elle structure des filières. Elle maille un tissu de sous-traitants. Elle peut réduire la dépendance aux importations étrangères et relancer les exportations. Elle est un lieu où s’incarne une ambition collective.

La France a bâti Notre-Dame et Versailles. La France a élevé la Tour Eiffel et le viaduc de Millau. La France a imaginé le cinéma et la télématique. La France a lancé Normandie et Concorde. Tout ceci a eu autrement plus de relief et d’utilité que la multiplication des attractions et des lieux de consommation qui prétendent tenir lieu de stratégie économique mais qui en définitive nous abêtissent et nous appauvrissent.

À l’ombre de Disneyland et des critères de Maastricht, nous sommes passés d’une part de 22 % d’emplois industriels à seulement 12 % en 2025.

À quelques mois des échéances électorales du printemps 2027, les Français doivent se saisir de cet enjeu décisif pour la santé de la Nation et porter au pouvoir un projet qui amorcera le redressement de nos capacités productives. Si nous le voulons, alors, en 2050, nous serons en mesure de produire massivement de l’énergie. De produire la nourriture que nous consommons. De produire les médicaments qu’il nous faut. De produire des technologies à l’avant-garde des enjeux environnementaux. De construire des logements vertueux. Et sans doute de réduire notre consommation de biens gourmands en ressources, importés de très loin et dont l’utilité s’avère dérisoire.

Sortir de ce modèle serait une chance pour la France. Cela symboliserait sans doute notre sortie de l’ordre néolibéral, né dans les années 1980. Revenir au concret des choses et tourner le dos aux artifices consuméristes, voilà sans doute la révolution mentale que nous devons opérer. En tant que peuple.

Et pour cela nous devons avoir pour seul mot d’ordre : produire !

Adrien Motel

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