Primaire Populaire : l’impuissance de la gauche

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A moins de 4 mois de l’échéance présidentielle, c’est une gauche plus fragmentée que jamais qui se présente, et qui, à en croire les évaluations d’intention de vote, n’a aucune chance d’accéder au second tour du scrutin. Face à ce désastre annoncé, une idée a émergé il y a de cela plusieurs mois : organiser une grande primaire entre les différents candidats de gauche qui porterait le nom de Primaire Populaire. Une idée qui, aussi stratégique qu’elle puisse paraître sur le papier, symbolise non seulement la fracture que subit la gauche, mais aussi son impuissance politique.


Une gauche impuissante

Il est loin le temps où la gauche dictait l’agenda politique et occupait un rôle prépondérant dans le débat présidentiel. Entre le centre-droit européiste et la droite nationaliste, la gauche peine à imposer ses thèmes de campagne au cœur du débat. Bien que le pouvoir d’achat soit la principale préoccupation des Français, les thématiques sociales ont aujourd’hui été reléguées au second plan, derrière les questions d’identité et d’immigration.

Au cœur de ce climat, la gauche est non seulement absente du débat public, mais est aussi incapable de fédérer autour d’un projet, à tel point qu’aucun candidat ne dépasse  nettement les 10% d’intentions de vote dans les différents sondages. Même si Jean-Luc Mélenchon semble légèrement se démarquer de ses concurrents, avec l’Union Populaire, il n’est crédité que de 8 à 12% d’intentions de vote, et la dynamique ne semble pas vraiment prendre. Que dire des autres candidats ? Aucun d’entre eux ne peut se targuer d’avoir l’assurance de passer la barre fatidique des 5%, score permettant le remboursement d’une partie des frais de campagne.

A ce rythme-là, les électeurs de gauche peuvent d’ores et déjà se résoudre à anticiper un second tour qui serait un « remake » d’il y a 5 ans, dans lequel ils devront faire un choix par défaut, bonnet blanc ou blanc bonnet.

 

Face à l’impuissance, une illusion

 

La Primaire populaire a vocation à offrir une réelle alternative au duel annoncé (libéral contre nationaliste) mais elle s’annonce surtout très utopique. Car oui, le problème de cette primaire populaire, c’est qu’elle n’a rien de populaire.

En lançant cette initiative en juillet dernier, le collectif espérait recueillir 300 000 signataires début octobre, mais à cette date, ils n’en avaient recueilli qu’un tiers. Or, leur nombre était leur seul argument pour faire pression sur les autres candidats, étant donné qu’aucun d’entre eux ne souhaitait se prêter à l’exercice.

Cet échec cuisant de mobilisation n’est que la suite logique de l’échec de mobilisation des candidats, puisque malgré les nombreux prétendants désignés pour participer au scrutin, pratiquement tous ont répondu défavorablement.

Mais c’est en se concentrant sur le fonds qu’on se rend compte de la supercherie. Parmi les 10 mesures qui fondent le socle du projet, aucune n’aborde la question de l’Union Européenne et de la perte de souveraineté que cela induit, qui, en l’état, ne permet aucune amélioration sur le plan social et écologique. En excluant cette thématique – au prétexte que celle-ci diviserait trop –  la primaire populaire fait le choix d’exclure toute une partie de la gauche ayant cerné les véritables enjeux de cette élection.

Ne nous y trompons pas, cette tartufferie n’est autre que l’illustration de la déconnexion d’une gauche bourgeoise qui n’a aucun intérêt à voir émerger un vrai projet social qui remette en cause le capitalisme libéral et la mondialisation dérégulée. Pour l’illustrer, il suffit de se pencher sur le profil du porte-parole de ce projet : Samuel Grzybowsi, enseignant en économie à Science Po, qui se félicitait de la candidature d’Emmanuel Macron en 2017 : « Enfin une alternative ni droite ni gauche ». D’ailleurs, en se penchant un peu sur les profils des différentes personnes engagées dans ce projet, toutes ou presque ont un passé militant au sein du PS ou des Verts, et semblent davantage « Macron-compatibles » que partisans d’un programme de rupture.

 

Un non-sens démocratique

 

Ce n’est pas par hasard si aujourd’hui, parmi les différents candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle, ceux favorables à cette union, sont eux-mêmes engagés, ou l’ont été jadis, au sein du Parti Socialiste.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a surpris tout le monde le 8 décembre dernier, en se déclarant favorable à une primaire entre les différents candidats de gauche, alors qu’elle expliquait encore s’y opposer le matin même. De son côté, l’ancien socialiste Arnaud Montebourg, s’est dit favorable à une union des candidats de gauche, qui déboucherait sur une candidature unique, sans aborder le sujet de la Primaire Populaire en elle-même. Il n’a pas manqué de déclencher l’hilarité sur la toile en se mettant en scène en train d’appeler les différents candidats de gauche, sans qu’aucun d’eux ne réponde.

Leur point commun : tous deux sont crédités de moins de 5% des intentions de vote et cette proposition semble davantage s’apparenter à une manière de trouver une porte de sortie en toute dignité.

Le nom de l’ancienne garde des sceaux, Christiane Taubira, est régulièrement cité ces derniers jours. Elle aussi pourrait officialiser sa candidature dans les prochains jours, alors qu’elle expliquait en septembre ne pas souhaiter se présenter. Elle s’est également dite favorable au processus de la primaire populaire « dernier espace pour construire l’union de la gauche », selon elle.

Comme les deux autres, elle aussi a soutenu François Hollande, et n’a jamais porté un programme de rupture, et c’est bien là le problème. Au milieu de cette comédie qu’est cette élection présidentielle, la gauche assure sans relâche le rôle de clou du spectacle, et cette primaire populaire, ou union des gauches, ne sert qu’à recycler des politicards, déchus de tout aura et crédibilité, bien loin des préoccupations des Français et du peuple de gauche.

Ce qu’attendent ces derniers, ce n’est pas un processus visant à soutenir des personnalités uniquement au gré de la sympathie ou l’intérêt qu’on peut leur porter, peu importe les programmes, mais au contraire de voir émerger un programme garni qui propose de vraies solutions pour répondre aux préoccupations des Français, en mettant réellement le doigt sur ce qui empêche d’y répondre. Ce n’est pas une union de façade entre des professionnels de la politique, incapable de s’entendre entre eux, qui gouverneraient ensemble sur une base tout à fait inconnue. Car qui peut réellement imaginer une convergence, ou même trouver des points communs entre Sandrine Rousseau et Bernard Cazeneuve, ou encore entre François Ruffin et Anne Hidalgo.

 

La conclusion de tout cela, c’est que cette union prônée n’a aucune chance d’aboutir, et que des années de trahison ne s’effaceront pas par un rassemblement construit de toute pièce, mais par un projet qui parle aux classes populaires et qui propose de réelles alternatives à la mondialisation capitaliste.

 

Thomas Rannou

 

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