Taïwan : faut-il craindre l’invasion ?

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L’invasion de l’Ukraine a surpris bon nombre d’observateurs. Le choix de Vladimir Poutine d’envahir en février ce vaste territoire de 600 000 km² a chamboulé les relations qu’entretenaient les pays de l’OTAN avec la Russie. La levée de bouclier ne s’est pas faite attendre. Tour à tour, Londres, Berlin, Washington s’élevaient face à cette agression jugée contraire au droit international. Mais certains pays restèrent bien plus prudents, à l’image de la Chine qui décida de ne pas condamner l’invasion, appelant « toutes les parties à faire preuve de retenue ». En effet, Beijing semble frileux sur cette question. D’un côté, l’empire du milieu souhaite garder d’excellentes relations avec le régime de Vladimir Poutine mais de l’autre, sa croissance est liée aux relations qu’elle entretient avec les Etats Unis. Faut-il redouter un scénario analogue à l’Ukraine pour Taïwan ?


Des visions plurielles des relations internationales

Tout d’abord, il faut rappeler qu’il n’existe pas une vision unique des relations internationales en Chine. Au contraire, une pluralité d’idées, de concepts, de manières de voir et penser les relations interétatiques existe. Il en est de même pour la position que ses leaders suivent sur la scène internationale. Sous Deng Xiaoping, c’est la ligne pragmatique qui subsistait. Sa célèbre phrase « Attendre, ne pas prendre l’initiative mais faire certaines choses. » dénotait du rôle ambivalent de la Chine.

Or, cette position a considérablement changé. En 2010, à la réunion annuelle de l’Association des relations internationales de Lanzhou, il était désormais à l’ordre du jour de mener une politique étrangère en opposition à celle des États-Unis. Même si cet attentisme quant au rôle dont elle se prévalait subsistait – en témoignent les nombreux « ne pas » dans le communiqué – il était désormais clair que l’opposition aux États-Unis guidait la politique étrangère de la Chine. Une fois la confrontation gravée dans le marbre, Beijing pouvait asseoir une ligne plus brutale et moins conciliante. Lors du 110ème anniversaire de la Révolution de 1911 en Chine, Xi Jinping annonçait la « réunification » de Taïwan avec le continent. Les positions belliqueuses s’enchaînent, menaçant les relations déjà tendues entre Beijing et Washington.

L’invasion de Taïwan et le déni de zone

La Chine a donc vu son discours évoluer des années 70 à nos jours. Mais a-t-elle les moyens d’envahir Taïwan ? Dans les années 2010, une nouvelle doctrine est promue : la « guerre locale sous les technologies de l’information ». Le but est de fournir une garantie de sécurité solide pour soutenir la période importante d’opportunité stratégique pour le développement national. En ligne de mire, Taïwan.

Pour empêcher toute redite de la crise de 1995-1996 où les États-Unis avaient dépêché le porte-avions Nimitz dans le détroit, les capacités de déni de zone sont augmentées, et des milliers de missiles de courtes portées construits. Le but est d’empêcher tout aide américaine, de bloquer le détroit pour mieux dépêcher troupes et matériels. C’est l’essor des capacités anti-accès, celles qui empêchent un adversaire de pénétrer sur un théâtre d’opération et des capacités d’interdictions de zone, qui permettent de contester la capacité d’un adversaire à se déplacer librement dans cette zone.

L’aide américaine : un effort continu

Cependant, il est fort probable que la réaction américaine ne se fasse pas attendre. Depuis le traité de défense mutuelle de 1954, Taïwan est sous le giron américain. Lorsqu’en 1978, l’administration Carter rétablit les relations diplomatiques et reconnaît Beijing comme le seul gouvernement de la Chine, le congrès américain passe le Taïwan Relations Act en représailles. Plusieurs exigences en ressortent. Tout effort visant à déterminer l’avenir de Taïwan par des moyens autres que pacifiques, dont des boycotts ou des embargos, constitue une menace pour la paix et la sécurité de la région du Pacifique occidental et une grave préoccupation pour les États-Unis. Donc, il engage les États-Unis à fournir à Taïwan des armes de caractère défensif. On retrouve ces idées dans les ventes d’armes à Formose. 150 F-16 sous l’administration Bush, 14 milliards d’équipements sous celle d’Obama.

Quel avenir pour Taïwan ?

Comment la situation pourrait-elle évoluer ? Un accord de paix est très peu probable entre les deux pays. L’administration du Parti démocrate progressiste est formellement opposée aux manœuvres de Pékin dans la région. De plus, la ligne inflexible et nationaliste de Xi Jinping ne fait que renforcer le rejet à l’égard de la Chine.

Selon Charles Glaser [fondateur du Institute for Security and Conflict Studies – ndlr], un accord pourrait être trouvé entre les administrations américaine et chinoise. Les États-Unis devraient réévaluer et, in fine mettre fin à leur engagement de défendre Taïwan afin que Beijing puisse résoudre ses différends dans la région. Cela est peu probable au vu du Taïwan Assurance Act qui a été voté en 2019 par la Chambre des Représentants, rappelant que Taïwan est un élément essentiel de la stratégie indopacifique libre et ouverte des États-Unis.

Le conflit ouvert n’est-il alors plus que la dernière possibilité ? Vues les relations économiques qu’entretiennent Beijing et Washington, la Chine étant le deuxième pays recevant le plus d’investissements directs à l’étranger, il est probable que les effluves du doux commerce empêchent un conflit de grande ampleur. De plus, le soutien des pays de l’OTAN à l’Ukraine, encore rappelé par le discours de Lloyd Austin sur la base de Ramstein, a refroidi Beijing.

 

Dès lors, il semble que Xi Jinping soit beaucoup plus prudent quant à une invasion de Taïwan. Premièrement, ses capacités de déni d’accès du détroit ne sont pas suffisantes. La Chine est encore en retard concernant la modernisation de son armée. Deuxièmement, la crise du Covid a considérablement touché l’économie chinoise, poussant le pays à se renfermer sur lui-même. L’avenir de Taïwan semble incertain, mais peu importe le discours belliciste de Xi Jinping, il est peu probable que les États-Unis abandonnent la belle île.

 

Nicolas MESA

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