« La rupture d’Emmanuel Macron avec la laïcité est flagrante » – Entretien avec François Cocq

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François Cocq est un ancien cadre de la France Insoumise, souvent mobilisé sur des sujets comme la laïcité ou l’école. Et pour cause, il est l’auteur de deux livres sur ces sujets : L’école du peuple, ainsi que La laïcité pour 2017 et au-delà. Il a accepté de répondre à nos questions sur les dernières polémiques.


Selon un récent sondage IFOP, 78% des musulmans jugent la laïcité, telle qu’elle est appliquée par le gouvernement, discriminatoire à leur égard, un chiffre qui monte à 89% chez ceux qui se sentent de gauche. Comment l’expliquez-vous ?

L’approche laïque, pour les gens qui sont engagés dans une conviction religieuse, c’est toute une évolution. Cette question du rapport à la laïcité aurait été posée aux catholiques il y a un siècle, il y a fort à parier que nous aurions eu des chiffres semblables. Depuis, il y a eu toute une évolution culturelle chez eux, et à n’en pas douter, il y aura le même processus chez les Français de confession musulmane. Mais à une condition : que dans l’espace public, l’idée que l’on se fait de la laïcité ne soit pas galvaudée.

Il faut que la laïcité reste bien celle qu’on a connue pendant des décennies, qui était la mise à distance des religions de la vie politique, et la séparation entre ce qu’il est convenu d’appeler l’espace public et l’espace privé. Si on maintient ce qui est le fondement républicain du principe de laïcité de 1905, l’évolution se fera dans le bon sens. Alors que si on revient au régime des communautés, comme c’est de plus en plus le cas, sur des bases électoralistes, dans ce cas-là on crée beaucoup de confusions.

Emmanuel Macron a récemment fêté Hanoukka – fête religieuse juive – au palais de l’Élysée, tandis qu’on rappelle aux maires l’interdiction mettre de crèches dans leurs mairies. Quelles répercussions ce symbole pourrait avoir sur la société française ?

Ce n’est pas la première fois, malheureusement, qu’il y a une confusion des genres venant de responsables politiques qui s’affichent dans des cérémonies religieuses. Ça a été le cas, malheureusement, avec d’autres présidents de la République ou ministres, et c’est encore plus le cas d’élus locaux. De fait, la rupture d’Emmanuel Macron avec la laïcité est flagrante, mais elle n’est pas nouvelle.

Force est de constater que cet évènement a aussi pris une dimension supplémentaire, et au-delà de choquer des républicains, il a choqué beaucoup plus largement à cause du contexte géopolitique depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre en Israël. Monsieur Macron, qui n’a pas voulu se rendre à la marche contre l’antisémitisme, se retrouve à courir derrière cette occasion ratée au prix d’une entorse à la laïcité.

Dans le collège Jacques Cartier d’Issou (Yvelines), les professeurs exercent leur droit de retrait pour dénoncer des diffamations que subit une de leurs collègues pour avoir montré un tableau montrant des femmes dénudées, dans une classe composée en grande partie d’élèves musulmans. Ces situations risquent-elles de devenir récurrentes ?

Ces situations sont déjà récurrentes. Il n’y a que les rectorats qui ne se saisissent pas de ces questions à leur juste mesure. Il ne faut pas traiter ces affaires comme s’il s’agissait à chaque fois d’élèves qui individuellement remettraient en cause l’autorité d’un enseignant. Nous avons affaire à une offensive organisée dont les élèves sont les médiateurs manipulés par des forces militantes qui visent à faire valoir la prégnance du spirituel sur le temporel. Les principales forces que nous avons à l’œuvre aujourd’hui sur ces questions-là sont les islamistes et les Églises évangéliques.

Le tableau Diane et Actéon, du peintre italien Giuseppe Cesari datant de la Renaissance. C'est ce tableau qui a été montré aux élèves.
Le tableau Diane et Actéon, du peintre italien Giuseppe Cesari datant de la Renaissance. C’est ce tableau qui a été montré aux élèves.

 

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1 réponse à “« La rupture d’Emmanuel Macron avec la laïcité est flagrante » – Entretien avec François Cocq”

  1. Jérôme Onyx says:

    Les Églises évangéliques ne decapitent, violent et assassinent personne.
    Bon…Mais effectivement l’hostilité de Macron à la laïcité était déjà connue dès 2017. Le macronisme est une importation de l’idéologie anglo-saxonne, obscurantisme total déguisé en progressisme. Rigoureusement incompatible avec la laïcité et plus largement l’universalisme _ ce qui n’a pas empêché de prétendus défenseurs/ses de la laïcité (style C. Fourest) de faire campagne pour lui.

    Au-delà de la laïcité, il s’agit des valeurs républicaines au sens fort et large du terme : le macronisme (ou macro-mélanchonisme) a enfoncé le dernier clou du cercueil de la République.
    La catastrophe a déjà eu lieu. Elle est totale et probablement irréversible.

    L’idée qu’il puisse y avoir un sursaut républicain, démocratique, humaniste ou quel que soit le nom qu’on lui lui donne, me semble hautement fantaisiste.

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