Giorgia Meloni triomphe, et maintenant ?

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Tous les sondages indiquaient que Giorgia Meloni arriverait en tête des élections générales italiennes. C’est donc sans surprise que la leader de Fratelli d’Italia est arrivée tout en haut, ce dimanche 25 septembre. Son parti a récolté plus de 26% des voix, soit autant à lui seul que le total de la coalition des quatre partis de gauche. Un résultat qui symbolise une victoire très nette de la droite, puisque la coalition des trois partis de droite nationale « Forza Italia », de Silvio Berlusconi, « la Ligue de Nord » de Matteo Salvini et « Fratelli Italia », de Giorgia Meloni, recueille plus de 43% des voix. Cette dernière, arrivée en tête de la coalition, deviendra selon toute vraisemblance la prochaine Première ministre italienne.


Une crise politique qui emmène à la victoire d’une l’héritière du MSI

« Je crois que Mussolini était un bon politicien, tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie », ce sont les mots prononcés par Giorgia Meloni, alors âgée de 19 ans, en 1996. Si 25 ans plus tard, la nouvelle figure de la droite nationale italienne affirme avoir tourné le dos à l’héritage mussolinien dont elle se revendiquait dans sa jeunesse, son parti n’en reste pas moins l’héritier du MSI, mouvement créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par des nostalgiques du fondateur du fascisme. Si on ne peut bien sûr pas se satisfaire de ce résultat, il révèle une certaine réalité des préoccupations du peuple italien, dont son inquiétude liée en grande partie au contexte actuel et l’inflation galopante qui frappe l’Europe.

La leader de Fratelli d’Italia a fait campagne sur un projet conservateur, hostile à l’immigration et critique de l’UE dans sa forme actuelle. Un projet qui a eu le mérite d’inquiéter, sans doute à tort, Ursula Von der Leyen. La présidente de la Commission Européenne a, quelques jours avant le scrutin, enjoint le peuple italien à ne pas se tromper de vote : « Si les choses vont dans une direction difficile, nous avons des instruments » a-t-elle déclaré, en référence aux sanctions adressées à la Hongrie et la Pologne en raison d’infractions répétées à l’Etat de droit. Des menaces indirectement destinées au peuple italien, qui peuvent légitimement être considérées comme de l’ingérence, mais qui semble surtout avoir produit l’effet inverse en mobilisant derechef davantage le camp national.

Cette élection intervient à la suite d’une succession de crises politiques en Italie. Il n’y a eu pas moins de trois gouvernements différents depuis 2018 : deux dirigés par Giuseppe Conte, leader du Mouvement 5 Etoiles (M5S), puis la grande coalition formée par le centriste Mario Draghi. Une coalition qui a regroupé tous les partis élus au Parlement, sauf celui de Giorgia Meloni. Un positionnement marginal qui a donné l’occasion à la cheffe de Fratelli d’Italia de renforcer son statut d’opposante numéro un. Ce statut lui a permis, lors de ce dernier scrutin, de terminer loin devant les deux autres partis de la coalition, la Ligue du Nord et Forza Italia, qui quatre ans auparavant recueillaient pourtant trois à quatre fois plus de sièges qu’elle.

 

Libéralisme et conservatisme, surtout

Giorgia Meloni n’a pas hésité tout au long de cette campagne à affirmer haut et fort, à plusieurs reprises, qu’elle voulait « faire passer les intérêts nationaux avant l’Europe ». Pourtant, il est loin le temps où la quadragénaire affichait sa volonté de quitter l’Union Européenne, l’OTAN, et sortir de l’euro. Que Madame Von der Leyen ne s’inquiète pas, Meloni a revu ses positions. Elle milite désormais pour une Europe confédérale qui « respecte la souveraineté des Etats membres ». Mais plus question d’en sortir, idem pour l’euro. Loin des meetings, la nouvelle première ministre avait même adopté un ton plutôt conciliant envers Bruxelles, promettant notamment une prudence budgétaire. Mais en réalité, la question de la relation avec Bruxelles n’est pas vraiment sa priorité.

Durant sa campagne, la candidate a mis au cœur du débat les questions d’identité et son opposition à l’immigration. Elle décrit elle-même son parti comme une formation conservatrice pour qui les questions de liberté individuelle, de famille et d’identité nationale sont centrales. Sa campagne a d’ailleurs été menée sous la devise « Dieu, patrie et famille », un slogan qui nous ramène aux « grands » moments de notre histoire (sarcasme).

Elle a à plusieurs reprises affirmé son rejet de ce qui ne s’inscrit pas dans le cadre de la famille traditionnelle : « Oui aux familles naturelles, non au lobby LGBT ! Oui à l’identité sexuelle, non à l’idéologie du genre ! ». La future Première ministre entretient également une position ambigüe vis-à-vis de l’avortement. Initialement opposée à l’IVG, ses positions sur le sujet ont évolué, elle affirme maintenant y être favorable. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir défendre « la liberté de faire un autre choix que d’avorter », et d’expliquer avoir vu « tant de femmes qui n’avaient pas ce choix ». Plus qu’une conservatrice, une réactionnaire.

Economiquement, le projet de Meloni est axé sur une vision libérale, loin d’inquiéter les chefs d’entreprise, les investisseurs ou la Commission européenne. Elle a plusieurs fois fait part, lors de la campagne, de sa volonté de réduire la pression fiscale pour les familles, les entreprises et les travailleurs indépendants, quand dans le même temps, elle s’oppose à la création d’un revenu minimum, qui n’existe pas en Italie. Les chefs d’entreprises et les cadres supérieurs ont d’ailleurs plébiscité sa candidature de manière similaire au reste des électeurs, puisque 25% d’entre eux lui ont accordé leur suffrage, selon une étude Ipsos.

Bref, contrairement aux idées reçues, peu de risque qu’elle fasse trembler Bruxelles.

 

Un phénomène voué à se répéter ?

Cette victoire, qui intervient seulement dix jours après les résultats historiques du parti post-fasciste suédois, les « Démocrates de Suède », n’inaugure rien de bon. Après la Pologne, la Hongrie, la Suède et désormais l’Italie, qui sera le prochain ? Le véritable danger auquel peut conduire ce résultat, c’est l’enclenchement d’un effet de contagion, si le « cordon sanitaire anti-extrême droite » continue de se briser à grande échelle. L’union des droites, gagnante à Rome, pourrait donner des idées à d’autres partis en Europe.

Dans le même temps, on se demande où est la gauche qui ne se couche pas devant l’UE. A-t-elle complètement disparu au profit de la droite nationaliste ? En tout cas, elle est devenue totalement inexistante à l’échelle européenne, car il est évident que l’offre politique manque de projet crédible de cette nature. Allier le social et la souveraineté, inscrire la souveraineté dans le social, ne semble plus aller de soi, et on peut le regretter. La disparition du Parti Communiste à la fin du XXe siècle en Italie en est le meilleur exemple. Lorsque l’on jette un coup d’œil à la sociologie de l’électorat de la coalition de gauche et du centre européiste, on constate que ces formations obtiennent de bons résultats avant tout chez les urbains et les diplômés du supérieur, quand dans le même temps, les perdants de la mondialisation se sont tournés vers la droite nationale, faute d’alternatives. L’Unione Popolare, coalition de gauche radicale inspirée du Mélenchonisme et potentiellement critique de l’UE, n’aura pas de siège. De même pour Italexit, petite coalition de partis favorables à une sortie de l’UE.

Autre phénomène marquant : le taux d’abstention record, puisque ce scrutin est le plus délaissé de l’histoire de la République italienne, avec une participation de 63,9 % des inscrits, soit 9 points de participation en moins qu’en 2018, qui était déjà la plus faible de l’histoire. C’est d’ailleurs peut-être là qu’est le fait majeur de cette élection, la continuité de la perte d’intérêt de chacun des peuples européens au gré des élections. Plutôt que jouer au jeu de qui aura la réaction la plus outrée face à ces résultats, nos responsables politiques feraient peut-être mieux de se pencher sur ces questions.

 


Contrairement au bruit qui court dans la sphère médiatique, ce résultat ne changera pas à grand-chose au fonctionnement de l’UE. En revanche, il illustre les conséquences d’une gauche qui ne prend pas ses responsabilités. Faute de message mobilisateur et en adéquation avec les attentes populaires, les partis de gauche voient leur influence dépassée par des partis de droite nationale. Et malheureusement, ce phénomène pourrait être amené à s’étendre au-delà des frontières italiennes à en croire les dynamiques dans la majorité des pays européens. Une hypothèse qui n’annonce rien de positif, car le projet de Madame Meloni et de ses alliés européens ne paraît pas être de nature à répondre aux attentes sociales des peuples.

 

Thomas Rannou

                                                                                                                                                

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