Marche contre la vie chère : la NUPES tente de rassembler la gauche

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La NUPES a appelé à manifester le dimanche 16 octobre 2022 à Paris. L’évènement est intitulé « Marche contre la vie chère et l’inaction climatique », dans une logique de convergence des luttes sociales et écologiques. De nombreuses associations y étaient présentes, et des milliers de manifestants venus de toute la France ont répondu à l’appel.


Un contexte de mécontentement

Le rendez-vous était fixé à 14 heures, mais dès midi, des centaines de manifestants sont déjà sur la place de la Nation, tournant autour de la statue en chantant L’Internationale. Au Burger King se mêlent des policiers en pause déjeuner et des militants aux drapeaux NUPES, ou aux t-shirts France Insoumise. La place est parsemée de petits stands : des snacks, une librairie de « livres de lutte », des tentes de partis politiques ou de médias de gauche.

Daniel* distribue des tracts faisant la publicité du nouveau film de Gilles Perret, Reprise en main. Ce retraité dit vivre avec 1500€ par mois, « mais si l’inflation continue, je vais m’enfoncer ». Sur un an, les prix à la consommation ont augmenté de 5,9%.

« Ce qui me motive le plus, c’est l’urgence de la situation, notamment écologique. Il n’y a aucune compréhension du problème chez Macron » s’inquiète Jean, un soixantenaire brandissant un drapeau France Insoumise. « Les ZFE sont un bon exemple de ça, car au lieu de se dire qu’on va changer avec des transports en commun, on cherche toujours à produire autre chose, ici des voitures électriques. »

Un mouvement œcuménique ?

La présence d’énormément d’associations spécialisées dans divers sujets rend visible de nombreuses revendications. Des sans-papiers distribuent des tracts concernant leurs revendications. Les militants du Droit Au Logement sont aussi présents, tout comme les professeurs du lycée Joliot-Curie de Nanterre, dans lequel se déroule une grève des professeurs ainsi des blocages lycéens depuis plusieurs semaines. Au mégaphone, on entend même des slogans sur la politique internationale, comme « Libérez Salah Hamouri et tous les prisonniers politiques ». De nombreux drapeaux LGBT sont visibles, ainsi que les logos de SOS Racisme.

Cependant, certaines revendications ne font pas consensus. On observe la présence d’associations anti-nucléaires, et des manifestants de la NUPES 55 crient des slogans comme « Ni à Bure ni ailleurs ! » en référence au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

Place de la Nation, le 16 octobre 2022. Crédits photo : Charles Lacroix / Gavroche

Pour Alec, jeune militant du Parti Communiste Français, « on a besoin des centrales nucléaires. Aujourd’hui on ne peut pas passer l’hiver si les centrales ne sont pas remises en route donc il y a quand même une question fondamentale. Et il y a aussi la question de la nature-même du service public de l’énergie qui se pose. Il y a certaines forces au sein de la NUPES qui ont quand même favorisé l’entrée dans la concurrence de fournisseurs alternatifs qui se trouvaient positionnés sur de « l’énergie verte » alors que ça ne veut absolument rien dire dans le système électrique. » 

Taxer les superprofits

Une des principales revendications de cette marche est l’établissement d’une taxe sur les superprofits. Sur le camion de la NUPES, Jean-Luc Mélenchon est au micro et se scandalise : « 12 millions de personnes ont eu froid l’hiver dernier, et sans doute davantage bientôt ! Quelle honte pour ceux qui gouvernent ce pays ! En un mot, comme en cent, quand cinq milliardaires possèdent autant que 27 millions d’entre vous, alors il est temps de rappeler que si l’on taxait leurs superprofits comme l’ont proposé les députés de la NUPES à l’Assemblée Nationale, et à un taux finalement modéré puisqu’aussi bien on aurait pu tout leur prendre. Et nous n’aurions fait que récupérer ce qui est à nous, puisque ces fortunes c’est seulement l’argent qui est sorti de vos poches pour aller dans les pompes à essence ! Ce n’est pas eux qui l’ont créé, cette richesse-là. Hé bien, en un mot comme en cent, avec cette taxe sur les superprofits, nous donnions à manger gratuitement pendant trois ans, à tous les enfants, dans toutes les cantines scolaires. »

Paris, 16 octobre 2022. Crédits photo : Charles Lacroix / Gavroche

Le point de départ d’un long mouvement ?

La manifestation se déroule alors que les grèves se multiplient dans de plus en plus de secteurs, avec en toile de fond la grève des raffineries qui cause des pénuries d’essence. Chez les manifestants revient souvent l’idée que cette marche fait partie intégrante de ce mouvement de grève, dont la principale échéance est prévue deux jours plus tard, le mardi 18 octobre, avec la grève nationale interprofessionnelle

Dans la foule, Sandrine Rousseau, députée EELV de la 9e circonscription de Paris, prend des selfies avec les manifestants. Elle parle avec le sourire à tous ceux qui l’abordent. « J’espère que c’est un mouvement qui va tellement bloquer le pays qu’on va devoir repenser autrement notre avenir. Parce que là on va dans le mur sur le plan écologique, on va dans le mur sur le plan social, donc il faut s’arrêter, réfléchir et repartir. »

Sandrine Rousseau à la manifestation du 16 octobre 2022 à Paris. Crédits photo : Charles Lacroix / Gavroche

Entouré de gilets jaunes, Jérôme Rodrigues est lui aussi de la partie. « Il faudrait protéger les travailleurs face à un patronat qui ne les paie pas, mais qui eux, s’octroient des augmentations de salaire de 52% et qui vont te dire à toi, petit merdeux de 1200€ par mois, de fermer ta gueule parce que tu n’as pas le droit de réclamer ! » dit-il en référence à l’augmentation du salaire du PDG de Total, entreprise dans laquelle des grévistes réclament, sans succès, une augmentation de 10%. Il reste cependant pessimiste sur l’usage de la grève comme méthode de mobilisation qui ne serait pas applicable partout : « On a pas les moyens de faire grève, on est pas structurés pour, on a pas des caisses de grève. Ceux qui ont la possibilité de le faire vont généralement penser à eux, dans une logique corporatiste. Je leur demande juste aujourd’hui aux syndicats, de penser à ceux qu’ont pas les moyens de se défendre, dont font partie les gilets jaunes, qui réclament exactement la même chose. Mais nous on peut pas faire grève car sur une paie de 1200 balles, tu perds 80 balles quand tu fais une journée de grève. À la fin du mois t’es encore plus dans la merde. »

Les Black blocs dans une colère noire

Vers 16 heures, au milieu du Faubourg Saint-Antoine, des manifestants masqués, habillés en noir, cassent les vitrines d’une banque de la Société Générale, et détruisent un ordinateur an criant « Anti, anti, anticapitalistes ! » Selon un street médic, originaire de Lyon, « il est important de s’en prendre aux symboles du capitalisme ». Cette banque est célèbre pour l’affaire Kerviel ainsi que pour son implication dans l’affaire des Panama Papers. « On a jamais rien eu en manifestant pacifiquement », rappelle-t-il, pour justifier le vandalisme.

Un quart d’heure plus tard, c’est au tour de Bouygues et de McDonald’s d’être attaqués. Cette fois-ci, la police charge et se prend de nombreux projectiles, notamment des pierres et des pétards. Peu à peu, en arrivant de trois côtés, les policiers encerclent les militants radicaux pour les couper du reste de la manifestation. « En France c’est simple : quand les pouvoirs politiques sont dans l’incapacité de répondre au peuple, ils vont t’envoyer la police » se lamente Jérôme Rodrigues, qui estime que depuis le mouvement des gilets jaunes, rien n’a été fait par le gouvernement contre l’inflation.

Certains manifestants, se revendiquant pacifistes, s’énervent contre les Black blocs. « Ce qu’il faut que comprennent les partis qui sont derrière, c’est qu’il faut que ça pète » assène Matthieu*, un étudiant habillé en noir, masqué, qui se revendique marxiste-léniniste.

Faubourg Saint-Antoine, le 16 octobre 2022. Crédits photo : Charles Lacroix / Gavroche

Malgré les quelques dissensions internes à la Marche, la NUPES semble avoir réussi ses deux paris. D’une part, elle parvient à montrer qu’elle est capable d’organiser une grande manifestation contestataire, et tire ainsi la couverture médiatique vers les grands partis de gauche pour ne pas laisser le monopole du mouvement social aux syndicats organisant les grèves. D’autre part, elle arrive à feindre une apparence unitaire dans son mouvement, mobilisant au-delà des désaccords internes, y compris sur des sujets actuellement de premier plan comme l’énergie ou la géopolitique. Mais cela va-t-il durer ?

 

Charles Lacroix

* Les prénoms de certaines personnes citées ont été modifiés pour des raisons d’anonymat.


Vidéo de notre rédacteur Thomas Rannou, lui aussi présent :

 

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