Le phénomène Onlyfans ou Discours de la prostitution volontaire

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Avec ses 20 millions d’utilisateurs et sa courbe de développement vertigineuse, le réseau social Onlyfans gagne rapidement en popularité et tend à se démocratiser partout dans le monde. Qui dit popularité dit également critique, et si le site semble inoffensif au premier abord, Onlyfans se révèle être le symbole parfait de la décadence moderne sur le plan moral. C’est à nous qu’il incombe de juger la société telle qu’elle est, et de la penser telle qu’elle devrait être. Préparez-vous à mettre les pieds dans la fange nauséabonde dont on préfère généralement détourner le regard. Discours de la prostitution volontaire. 


La quadruple racine du vice

Onlyfans est une plateforme d’hébergement de fichiers vidéos ou photos comme il en existe bien d’autres (Snapchat ou Instagram notamment). La différence avec les réseaux sociaux classiques tient en ceci : l’abonnement à un compte est payant et il n’existe aucune forme de censure des médias postés. L’initiative est bonne car certains créateurs ou artistes ont eu ici l’opportunité d’y partager avec un public averti des œuvres violentes ou de nu contre rémunération. Malheureusement, les artistes utilisant la plateforme sont rapidement devenus une minorité. Nous allons donc devoir bien vite oublier ces considérations esthétiques pour nous rendre compte du résultat dans les faits : l’être humain se donne à nouveau en spectacle dans toute sa faiblesse et sa perversion, comme s’il avait le secret pouvoir de profaner chaque outil qui tomberait entre ses mains, si pur soit-il. Voici la triste réalité : les 200 000 nouveaux utilisateurs quotidiens sont majoritairement des hommes qui s’abonnent aux comptes érotiques voire pornographiques de jeunes femmes. La responsabilité d’une telle déchéance est quadruple : le site, la société, les hommes abonnés, les femmes inscrites sont quatre acteurs qui encouragent, chacun à leur manière, la dégradation de la dignité humaine.

Dignité et valeur

Parlons tout d’abord du site Onlyfans et de la société moderne, qui ne réprime pas mais au contraire encourage de telles pratiques. Depuis les Lumières et la Révolution, la France défend et promeut l’égalité et le progrès de la liberté en adéquation avec l’usage de la raison. Malheureusement, la pensée d’Adam Smith, l’essor industriel, la mondialisation et bien d’autres facteurs encore ont transformé l’homme politique en homme économique. Sa raison devait porter sur le bien commun, mais maintenant, elle ne l’invite plus seulement qu’à considérer son confort personnel et ses intérêts. Production, vente, paiement, charge de travail, salaire,… l’homme moderne prononce rarement ces mots mais il les pense tout le temps, parfois même à son insu. Dans notre société capitaliste marchande, tout se monnaye, tout s’achète. La réalité est devenue avant tout économique. Nous ne vivons plus le désir, nous négocions son simulacre. Nous ne vivons plus le sexe, nous le consommons. Onlyfans s’inscrit parfaitement dans ce marché de l’offre et de la demande, qui n’a que faire de principes moraux abstraits. La différence étant que ce qu’on vend à travers Onlyfans, c’est l’intimité privée de notre corps.

Pourtant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, le philosophe Emmanuel Kant nous invite à considérer la maxime morale suivante: « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen« . Ainsi, les femmes se dénudant sur Onlyfans ne valent pas mieux que des simples objets, leur valeur se limite au plaisir qu’elles peuvent procurer, c’est-à-dire à leur valeur d’usage. On a un exemple criant de la différence que fait Kant entre la valeur (Wert) et la dignité (Würde). Nous avons une valeur attribuée à chaque fois que nous nous montrons indigne de notre humanité, mais lorsque nous acceptons de suivre la voie morale et d’être comme le parangon de ses principes alors nous faisons véritablement preuve de dignité et à travers nous, c’est toute l’humanité qui s’en trouve améliorée.

Nous ne vivons plus le désir, nous négocions son simulacre. Nous ne vivons plus le sexe, nous le consommons.

Les névroses de l’homme moderne

Onlyfans propose à des hommes d’oublier pendant un instant leur détresse sexuelle en leur promettant une attention charnelle particulière. Mais ce paradis artificiel se transforme vite en enfer lorsque la dépendance et l’addiction s’en mêlent. La femme qui entretient des relations de plus en plus étroites avec les clients qui la paient le plus encourage une concurrence malsaine entre les hommes qui deviennent rapidement prêts à tout pour passer devant et obtenir toujours plus de reconnaissance. C’est la logique capitaliste la plus perverse qui soit. Elle crée et entretient des névrosés qui préfèrent une vie d’illusions plutôt que d’affronter la réalité, si froide soit elle. Pourtant, n’est-ce pas là le but de l’être humain ? Se dépasser pour avoir du pouvoir sur notre vie en changeant les choses. Comme le dit Nietzche dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Deviens ce que tu es ! » En d’autres termes : Sois digne de ton statut d’homme et ne deviens pas une vulgaire bête. Heureusement, la plupart des hommes connaissent déjà la sagesse de ce conseil. 

Ce paradis artificiel se transforme vite en enfer lorsque la dépendance et la névrose s’en mêle

La prostitution volontaire, une fierté pour le féminisme ?

Les torts sont néanmoins partagés et l’homme n’est pas le seul fautif comme nous l’avions déjà remarqué. La démarche des femmes inscrites sur ces sites pour vendre du contenu pornographique est encore plus regrettable lorsqu’elle n’est mue que par l’appât du gain. Quand l’homme a honte de sa dépendance à Onlyfans, la femme, elle, partage son compte sur les réseaux sociaux, revendique sa « liberté » et se vante de participer à l’empowerment féministe… Non, Onlyfans n’a rien à voir avec la vraie cause féministe, au contraire, elle s’en trouve dégradée et jetée en pâture à ses adversaires. Non, vous n’êtes pas des artistes (encore moins des militantes), vous êtes l’avant-garde de la prostitution volontaire : vous transformez une condition sociale dégradante en un choix de carrière. C’est une insulte à toutes les femmes tombées dans la prostitution qui essaient de s’en sortir. C’est une insulte à toutes les féministes qui luttent pour accroître le respect de la femme. Votre maison close ? Onlyfans. Votre proxénète ? Timothy Stokely ( le fondateur du site qui se gave des 20% qu’il commissionne sur votre contenu) Vos clients ? Des hommes faibles que vos tweets à répétition auront permis de racoler. Vous avez sciemment accepté de brader votre vertu et vous avez l’audace de faire passer votre avidité pour du féminisme engagé sur le crédo de « mon corps, mon choix ».

Nous revenons une dernière fois à Kant pour reconsidérer cette proposition. La notion de choix implique la notion de liberté. Or, nous ne sommes libres que lorsque nos actes sont désintéressés, c’est-à-dire moraux. Être gouverné par ses passions et par ses vices, c’est accepter de renoncer à sa liberté. En d’autres termes : votre corps est votre choix uniquement lorsque vous ne vous en servez pas comme d’un objet en vue d’une fin.

Vous avez sciemment accepté de brader votre vertu et vous avez l’audace de faire passer votre avidité pour du féminisme engagé

 

Joseph de Maistre écrit dans Éclaircissement sur les sacrifices :  « Bientôt vous verrez cette noble et touchante liberté dégénérer en une licence honteuse. Elles [les femmes] deviendront les instruments funestes d’une corruption universelle qui atteindra en peu de temps les parties vitales de l’État. Il tombera en pourriture, et sa gangréneuse décrépitude fera à la fois honte et horreur ». Heureusement, cette sinistre prophétie n’a pas pu se réaliser, mais la société dans laquelle nous vivons laisse transparaître tous les excès, tous les vices, tous les abus. Néanmoins, cette liberté qui nous est accordée est également teintée d’espoir. Soyons dignes de notre humanité et reforgeons des valeurs saines. 

« Apprenons donc quelquefois, apprenons donc à bien faire ; levons les yeux au ciel, ou pour notre honneur, ou pour l’amour même de la vertu » 

– Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

 

 

 

Thomas Primerano, étudiant en philosophie à la Sorbonne, membre de l’Association pour la Cause Freudienne de Strasbourg, membre de la Société d’Etudes Robespierristes, auteur de « Rééduquer le peuple après la Terreur » paru chez BOD

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