« Le moment venu, je ne me cacherai pas » : François Ruffin lance son mouvement à Montreuil

Le mardi 1er avril à Montreuil, François Ruffin a donné le coup d’envoi de sa série de meetings « Notre France ». Devant plus de 1 000 personnes, il a prôné l’unité des gauches et fustigé l’ascension du RN, sans annoncer sa candidature à la présidentielle, mais presque.
Le 1er avril 2025, François Ruffin a choisi Montreuil pour ouvrir sa série de meetings « Notre France ». Un clin d’œil à l’histoire : dernière grande ville communiste d’Île-de-France, bastion du vivre-ensemble et des bastons électorales entre gauches. Ici, le Rassemblement national fait l’un de ses pires scores en France, et aux dernières législatives, deux candidats de gauche se sont retrouvés au second tour. Vous l’aurez compris, ici les élections ressemblent à des primaires de la gauche.
C’est donc là, dans une salle comble où certains n’ont même pas pu entrer, que Ruffin a lancé son appel. Fanfares, pancartes rouges et drapeaux de Picardie Debout : l’ambiance est festive, populaire, survoltée. En fond sonore : Bella Ciao, évidemment.

Salle comble et soutiens en vue
Dès les premières minutes, la scène se remplit : Karima Delli, Raquel Garrido, Alexis Corbière, le maire PCF de Montreuil Patrick Bessac… et une brochette d’élus locaux. Certains militants sont venus spécialement de Picardie. D’autres ont fait la queue pour ne pas rater l’entrée. On n’est pas à un congrès, mais à une réunion de famille — version gauche sociale.
Sur scène, on parle luttes. Les femmes de ménage en grève à Sciences Po Paris, tout juste victorieuses, prennent la parole. Les ouvriers d’ArcelorMittal aussi. Dans cette France dont Ruffin rêve, les invisibles montent sur scène.
Mais si personne ne parle à voix haute de 2027, tout le monde y pense. Et certains tendent l’oreille, en attendant le moment où Ruffin lâchera le mot. Il ne le fera pas. Pas encore. Mais il lâchera cette phrase : « Le moment venu, je ne me cacherai pas derrière mon petit doigt avec des “On verra”. Est-ce que je suis sur le rang ? Évidemment. » Autrement dit : il n’est pas candidat… mais il se tient prêt.
Le moment venu, je ne me cacherai pas […]. Est-ce que je suis sur le rang ? Évidemment.

Ruffin déroule
Pendant une heure, Ruffin déroule son regard sur la période : la création du Nouveau Front populaire en quatre jours, l’élection de Trump et de Milei, la montée du RN. Il prend même le temps de commenter le livre de Jordan Bardella (Ce que je cherche) : « À 20 ans, il gagnait plus de deux fois le SMIC grâce à un emploi fictif. Pas mal pour quelqu’un qui n’a jamais bossé ailleurs qu’en politique. »
Et de conclure : les travailleurs sont les grands absents de son bouquin. « Tête haute, main propre », c’est fini. Le RN est désormais « le parti des tours d’ivoire et des Bourges ».
Ruffin, lui, continue de creuser son sillon : la souveraineté industrielle, les barrières aux frontières, la réindustrialisation. « Il faut protéger notre industrie de la libre circulation des marchés », martèle-t-il.
Il faut protéger notre industrie de la libre circulation des marchés.
Une campagne qui ne dit pas (encore?) son nom

Ruffin n’évite pas les sujets brûlants. Il parle du génocide à Gaza, condamne les crimes du Hamas du 7 octobre, mais aussi les bombardements israéliens sur les civils palestiniens : « Les larmes d’une mère israélienne valent celles d’une mère palestinienne. »
Il défend la liberté d’expression : celle de Boualem Sansal, de Jean-Michel Aphatie, de Guillaume Meurice. Tous, dit-il, sont devenus « des Voltaire qu’on veut faire taire ».
La veille, Marine Le Pen était condamnée à cinq ans d’inéligibilité et 100 000 euros d’amende. Ruffin ne fanfaronne pas. « J’aurais préféré qu’elle soit battue par les urnes plutôt que par les juges. » Dura lex, sed lex. CQFD.
J’aurais préféré qu’elle [Marine Le Pen] soit battue par les urnes plutôt que par les juges.

Après Montreuil, Ruffin partira sur les routes. Il prévoit d’organiser ses meetings dans des sous-préfectures, là où la France vit, travaille, doute. Une campagne dans les campagnes, comme un clin d’œil à Merci Patron ! et à ses origines picardes.
Son ambition ? Rassembler. Les communistes, les écologistes, les socialistes, les insoumis, les sans étiquette. Mais surtout les Français. Pour, cette fois, battre le RN dans les urnes. Pas dans les tribunaux.
Poppy
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