Édito – La « France Titanic »

Titanic
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Une structure incassable, une technologie infaillible, des passagers plus sereins que jamais. Oui, la France fut un temps aussi solide que le Titanic à son inauguration. Mais 2022 semble aujourd’hui être l’égal temporel de l’iceberg meurtrier où se fracassa le géant d’acier. Certains passagers du bateau France n’ont d’ailleurs pas attendu l’accident pour délier les canots de sauvetage. 2 300 enseignants ont cassé leur craie lors de l’année 2020-2021, et 4 000 postes ne sont pas renouvelés. 60 000 postes d’infirmiers sont vacants contre 10 000 avant la pandémie du Covid-19.

En 1912, deux navires, le Baltic et le Californian, avaient alerté l’équipage du Titanic sur la présence de l’iceberg. Cent dix-ans plus tard, on ne compte plus les associations, syndicats et professions entières qui ont hurlé l’annonce de la catastrophe. L’État-nation fond, les passagers se résignent et les politiques atteignent un niveau proche du soleil de la honte. Dans le brouillard de 2022, aussi épais qu’au large de Terre-Neuve au siècle passé, le capitaine Macron garde le cap suicidaire.

Pire, à l’inverse d’Edward Smith, guide du Titanic, le chef de l’État ne tente aucune manœuvre de sauvetage. Foncer tête baissée vers le géant de glace est plus accomodant. La coque prend l’eau de toute part, annihilant les efforts atomiques de notre politique énergétique, poussant les ouvriers à se tuer à la tâche le corps déjà immergé, et cédant toujours plus aux sirènes européennes qu’aux cargos populaires. Écologie, sécurité, pouvoir d’achat, place dans le monde, santé, école… Réputé insubmersible, le bateau France coule inexorablement vers les abysses.

Les esprits censés défendre les passagers les plus modestes préférant se déchirer sur la cuisson d’un barbecue, et ceux des plus aisés refusant d’admettre les erreurs fatales. Quelques mois après la catastrophe du Titanic, des conférences avaient commencé à jaillir pour rendre les futurs paquebots plus fiables. On peut reconstruire un bateau, mais un pays ? Le crédo de Gavroche reste le même. Seule le retour de la souveraineté sociale réparera les fuites. À espérer que James Cameron n’en fasse pas un blockbuster comme seul souvenir du France.

Clément LABONNE

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