Pedro Guanaes : « Notre ambition est d’être au niveau d’En Marche »

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Il est l’un des fondateurs de République Souveraine. Ancien chef d’entreprise, Pedro Guanaes est aujourd’hui le responsable de la vie du mouvement et des questions liées au numérique. Candidat aux législatives dans la 11e circonscription du Val-de-Marne, il tire aujourd’hui le bilan de la première élection de la jeune histoire de RS.


Comment la campagne s’est-elle lancée matériellement ?

D’abord, il faut savoir que les législatives sont pour tout mouvement politique un moment important puisque c’est la seule élection qui donne droit à des financements publics. Donc il faut évidemment anticiper. Dans notre cas la problématique est que nous sommes un jeune mouvement avec un ancrage territorial partiel. Nous sommes présents sur une quarantaine de départements et c’est notre première difficulté. Et pour ce type d’élection, il faut d’abord trouver les candidats, ce qui n’est facile pour personne. Nous n’avons pas une surface médiatique importante et on a manqué de temps pour véritablement lancer nos candidats. Là où on aurait dû tous les avoir en octobre, nous les avons finalement eu au mois de janvier.

Comment s’est déroulé le processus de recrutement des candidats ?

Suivant le postulat précédent, il y a deux possibilités : soit vous prenez n’importe qui juste pour faire des scores symboliques soit vous commencez à constituer un « groupe » de personnes qui pourraient diriger la France, si un jour nous sommes amener à diriger le pays. Cela paraît grandiloquent dit comme ça, mais cela veut dire que nous avons fait un vrai processus de sélection. On a créé un comité d’investiture, on a rencontré les potentiels candidats etc. On a même créé une cellule de suivi des candidats. Le but était qu’un « gestionnaire de candidats », une sorte de coach, s’occupe de cinq candidats pour les aider et les former. Et c’est quelque chose que font uniquement les très grands partis.

Pourquoi avez-vous décidé d’accompagner autant vos candidats ?

On avait le souvenir de la campagne de Georges Kuzmanovic, notre président, sous l’étiquette La France Insoumise en 2017 où la directive du parti était simplement de ne pas s’occuper des candidats. Nous on a voulu faire l’inverse pour que le candidat n’ait à s’occuper que de sa campagne. Par exemple, chacun avait son affiche personnalisée à l’inverse de partis comme Reconquête ! où l’on a vu les mêmes affiches avec le ou la candidate à côté d’Éric Zemmour. Et même après l’élection, on a continué à suivre les candidats. À la fois pour veiller à ce qu’ils aient bien tout fait pour ne pas être inéligibles et aussi pour qu’ils restent mobilisés.

On part du principe que l’instabilité politique du pays fait qu’il est probable que de nouvelles élections aient lieu.

Pour quelle raison ?

À la vue des résultats nationaux, on part du principe que l’instabilité politique du pays fait qu’il est probable que de nouvelles élections aient lieu. Donc il faut que tout le monde reste en veille car si dissolution il doit y avoir, la campagne de la prochaine législative ne durera qu’un mois. Et pour un jeune parti comme le notre on se doit d’anticiper chaque hypothèse. Car les gros partis eux seront prêts. Un mois, c’est extrêmement court. Emmanuel Macron pourrait perdre encore plus d’élus certes, mais cela pourrait être aussi un pari gagnant pour lui s’il y a moins de candidats.

Vous vous êtes vous même présenté à la députation, quelle expérience en tirez vous ?

J’ai été l’un de ceux qui ont pâti du « parachutage forcé » qu’on a dû subir que ce soit pour des raisons matérielles ou stratégiques. Et la difficulté majeure pour ce genre de campagne est que si on n’est pas directement sur les lieux, cela devient très compliqué. Autre fait majeur, les militants de la candidate Reconquête !, Sarah Milamon, ont passé leur temps à décoller mes affiches car j’ai eu un différend avec elle. Lors de réunions publiques, elle tenait par exemple des propos racistes donc j’ai très vite compris qu’elle cherchait à exister par le buzz. Au moment où elle lance sa campagne, je tweete : « Les racistes n’ont pas leur place dans leur circonscription, qu’ils dégagent » mais je ne la nomme pas. Se sentant visé elle répond avec une image « Ayé Pépito ».

J’ai clairement lancé cet échange et malgré sa réponse, elle est devenue l’égérie des militants de Zemmour parce qu’ils ont tous trouvé ça drôle, ce qui prouvait la vacuité de leur campagne… Mais le hasard fait qu’à la fin de la campagne je la croise dans la rue. J’étais avec ma fille et je traverse la rue je lui dis « Bonjour Sarah, est-ce que tu sais qui je suis ? » et là elle s’en va en courant. Et j’ai l’instinct d’en parler en premier, en disant qu’elle n’est pas aussi virulente dans la vraie vie. Elle répond que je l’ai agressé. Je me retrouve avec 400 menaces de mort dans les heures qui suivent. Donc j’ai porté plainte évidemment. Je doute que devant ma fille et avec un sac de piscine j’étais dangereux… Le problème est qu’elle repartageait les commentaires qui incitaient à la haine. C’est impossible pour une candidate de faire ça…

Fait surprenant, votre président Georges Kuzmanovic a dû renoncer à se présenter, pour quelles raisons ?

L’un des problèmes qui ont fait que Georges a dû se retirer sont les contraintes logistiques. À l’inverse de moi, il était candidat dans une circonscription avec 125 mairies. Et malheureusement, il y a des difficultés avec la préfecture dans le sens où ses professions de foi et ses bulletins ne sont pas arrivés à temps à la plateforme logistique. Résultat, Georges devait distribuer lui-même ses documents, comme la loi l’autorise. Sauf qu’il se retrouve avec 125 mairies à livrer, et son imprimeur n’a pas pu livré dans les temps tous ses bulletins.

Quelles difficultés avez-vous rencontré durant cette campagne ?

Outre la manque d’anticipation pour avoir nos candidats plus tôt, je dirais la logistique. Et l’exemple de Georges est parlant. Il faut imaginer que quand vous êtes candidat, vous êtes un livreur ! Par exemple, j’utilisais une application qui optimisait mon temps de trajet pour aller coller des affiches ou aller dans les bureaux de vote. Faire le tour d’une circonscription ça demande du temps et de une logistique hyper précise et efficace. Malheureusement c’est un facteur sur lequel on n’a pas été assez réactif. Mais maintenant, cela nous permettra d’améliorer le choix des circonscriptions pour les prochaines législatives.

Une autre difficulté a été la définition de notre nuance politique. Gérald Darmanin, comme toujours, souhaite invisibiliser les partis souverainistes sociaux. Et donc on est finalement arrivé à obtenir cette nuance, même le journal Le Monde a noté que nous n’avions rien à voir avec des partis dits « souverainistes de droite ».

Quel bilan faites-vous de vos résultats ?

On est très satisfait. On est quasiment inexistant dans les médias, on est un mouvement assez jeune, on n’a pas de têtes de gondole médiatiques et dans ce contexte, on a présenté 45 candidats. Officiellement, le ministère de l’Intérieur en comptabilise 66, mais on a remarqué que certains candidats avaient l’étiquette RS sans avoir demandé notre avis, c’était assez cocasse. Notre plus grand succès est que nous avons investi 30 000€ dans cette campagne et que nous n’avons rien perdu. Nous ne sommes pas dans le rouge. À titre d’exemple, Anasse Kazib (membre de Révolution Permanente) a dépensé plus de 350 000 € pour les résultats que l’on sait. Nous avons même réussi à créer La Raison du Peuple, un regroupement de plusieurs partis sensibles aux idées de souveraineté sociale pour avoir davantage de candidats. Donc c’est une vraie réussite organisationnelle. Et comme je l’ai dit on prépare l’avenir. L’important c’est d’être là aujourd’hui et pour les prochaines élections pour créer un ancrage local.

La Raison du Peuple a présenté 45 candidats lors des électionss législatives de 2022, dont 24 issus de République Souveraine. (https://www.raisondupeuple.fr)

Quels outils met en place le parti pour attirer les jeunes à République Souveraine ?

Le constat, tout le monde le connaît. Il faut leur faire comprendre que cela peut changer. Mais l’un des premiers changements doit venir en sortant de l’Union européenne. On constate que la majorité des jeunes sont europhiles parce qu’ils ont mangé cette propagande. Mais je considère qu’on est plus malins que certains partis pro-Frexit dans le sens où dans notre programme chaque mesure incompatible avec l’UE est annotée d’un astérisque. C’est une première ébauche, car le problème n’est pas l’Union en tant que telle, mais cette Union là. Ensuite, on doit vulgariser et simplifier nos idées. Les sondages que l’on commande montrent que nos idées plaisent. Le but est donc de faire valoir au mieux nos idées auprès de cette population. Par exemple, nous avons été l’un des premiers partis à publier notre programme en version FALC (Français Facile à Lire et Comprendre) à la fois pour permettre aux personnes souffrant de troubles de pouvoir comprendre nos idées mais aussi pour simplifier notre vision. Simplifier ne veut pas dire rendre simpliste, au contraire l’objectif est d’aller droit au but avec des mots efficaces et facilement compréhensibles. Pourquoi pas se lancer sur TikTok ou ce genre de réseau pour prendre à fond ce virage technologique.

Notre objectif est d’avoir notre liste complète un an, voire un an et demi avant les Européennes.

Quels sont les prochains objectifs pour République Souveraine ?

À court terme, on va refaire des universités d’automne où le but sera de « désintellectualiser » les débats pour aller à l’essence même de nos idées. Sur les deux prochaines années, l’objectif sera de casser le plafond de verre médiatique. On est capable de faire campagne et on est efficace. Le but étant de convertir cette capacité et cette force de travail en quelque chose de positif. C’est très important d’avoir de la qualité mais il faut être plus présent dans les médias. Pourquoi pas s’inspirer du modèle de La France insoumise et « Le Média » et d’avoir notre propre organe de presse. Pour le parti, l’objectif est de continuer à bien se structurer et à nouer des alliances pour être encore plus fort faire peser notre voix. Au niveau politique, on veut éviter de faire la même erreur que pour les législatives. Donc notre objectif est d’avoir notre liste complète un an, voire un an et demi avant les Européennes de mai 2024. Nous, notre ambition n’est pas de se mettre au niveau de l’UPR ou des Patriotes mais bien au niveau de La République en marche. Si un jour où veut ambitionner de gouverner il faut être structuré.

 

Propos recueillis par Clément LABONNE

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