Université d’hiver de République Souveraine, tout un programme !

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Le parti République Souveraine a organisé son université d’hiver le 21 janvier dernier. Ce rassemblement qui se tient traditionnellement pendant la période estivale est un pari réussi, puisque plus de 300 militants et sympathisants se sont réunis autour du programme : face aux crises, fixer le cap et reconstruire. Reportage.


Le bon moment ?

Né en 2019, sous l’impulsion de Georges Kuzmanovic, République Souveraine souhaite fédérer au-delà du clivage gauche-droite en posant de manière centrale la question de la souveraineté, pour atteindre des objectifs de progrès économiques, sociaux et écologiques. Le parti a la volonté de rassembler sous une même bannière tous les républicains qui veulent lutter contre le bloc libéral, européiste et atlantiste.

Hasard du calendrier, l’université d’hiver s’est tenue alors que les mouvements sociaux d’ampleur nationale ressurgissaient lors ce premier mois de l’année 2023. Ce week-end là, pendant que les Gilets Jaunes battaient le pavé, les conférenciers se succédaient et débattaient au fil de la journée.

Un cadre convivial et soigné

Il est 8 h 30 et malgré l’heure matinale, les participants se pressent à l’entrée de la maison des associations du 13e arrondissement. L’accueil est assuré par les partisans, cocardes à la boutonnière. Georges Kuzmanovic salue les premiers invités autour d’un café et les discussions vont bon train, agrémentées de chouquettes et autres viennoiseries. La salle de conférence est apprêtée dans les tons rouges ; derrière l’estrade trône l’affiche de l’événement, qui met à l’honneur une caravelle emportée dans une tempête d’un camaïeux rouge-bleu sombre.

La communication de RS fait ainsi la part belle aux symboles républicains : évocation de la devise de la capitale fluctuat nec mergitur, tableau La Liberté guidant le peuple sérigraphié sur les ecocup. La salle sera comble tout au long de la journée. On croise le vidéaste Greg Tabibian, coiffé de son bonnet, qui sera chargé de réaliser des interviews à l’étage après chaque conférence. Quand Gavroche a l’occasion de se présenter aux militants, il est reçu par un accueil chaleureux. Il s’enorgueillirait presque du clin d’œil adressé à notre média à travers les gobelets (le tableau de Delacroix intègre bien notre logo !).

Des débats aussi riches qu’essentiels

Après une introduction de Georges Kuzmanovic, la première discussion est lancée entre le président de République Souveraine et Philippe Grégoire, éleveur dans le Maine-et-Loire. Devant la gouaille du premier intervenant, elle se meut rapidement en conférence, aux accents graves. L’assistance a en tête les chiffres de suicide quotidien des exploitants agricoles (deux par jour selon la Mutualité sociale agricole). Co-président du SAMU social agricole, Philippe Grégoire connaît bien la détresse qui frappe ce secteur et déplore les appels trop tardifs, souvent relatifs à des burn-out. Il axe son propos sur le rôle des syndicats dans l’application des règles de la politique agricole commune, l’incurie des traités de libre échange et l’édiction de contrats léonins. Il insiste sur les grandes disparités qui ont cours au sein du monde agricole en fonction des activités. Mais pour l’éleveur, ce monde est également caractérisé par les conflits d’intérêts entre agriculteurs et acheteurs, des céréaliers aux producteurs laitiers.

La matinée se poursuit avec un débat qui réunit l’économiste Frédéric Farah et le politologue Stéphane Rozès. L’économiste, assène rapidement que la crise est devenue le régime normal, l’ordinaire ; que seul l’État social permet d’absorber et de rendre supportable. L’auteur de Fake State, L’impuissance organisée de l’État en France, relève que le discours gouvernemental sur la réforme des retraites, prétend l’inverse : ce serait le modèle de protection sociale actuel qui génèrerait la crise. Stéphane Rozès rebondit en rappelant que le peuple Français est désigné comme étant le plus déprimé au monde. Amateur de citations et de bonnes formules, il constate que le cours des choses n’est plus la résultante des peuples qui le précédaient. Il fonde ses analyses sur les rapports de force économiques et géopolitiques, mais aussi sur l’interdépendance qui caractérise aujourd’hui ces rapports entre peuples. Pour Rozès, la conception même de l’économie découle de l’imaginaire des peuples ; qui est devenu son cadre de recherche. Un exemple : en allemand, le même terme est employé pour désigner la dette et la culpabilité. Or le néolibéralisme empêche les peuples de se projeter vers un avenir commun, qui surplomberait leurs imaginaires. Ce faisant, les grandes décisions leur échappent complètement. La globalisation néolibérale s’oppose ainsi à ce que prescrit la maxime de Montesquieu : “la loi doit épouser les us et coutumes des peuples”.

Le débat entre Henri Guaino et Emmanuel Todd est fixé en milieu d’après-midi. L’arrivée de ce dernier est remarquée par les sympathisants qui se massent autour de lui. Une fois sur l’estrade, il ne se départ pas du registre comique qui colore habituellement son propos. Les deux personnalités dénoncent pourtant l’absence de poids de la France, qui fait entendre une voix à peine audible à l’international, à côté de l’axe États-Unis-Royaume-Uni-Pologne. Avec circonspection, les deux intervenants font état de la vacuité des décisions européennes et pointent du doigt la volonté de juger les dirigeants russes dans le cadre d’un tribunal international ad hoc.

La dernière table-ronde de la journée traite de la vaste question de la souveraineté industrielle. Les invités sont issus de parcours sensiblement différents: Fabien Milin, membre du corps des douanes françaises et représentant du syndicat Solidaires Douanes, Jean-Charles Hourcade, économiste spécialiste des conditions énergétiques et ancien conseiller au Front de gauche sur ces questions, Blog de Descartes, ancien haut fonctionnaire disposant d’une formation d’ingénieur et Loïk Le Floch-Prigent, ingénieur et dirigeant d’entreprises.


Cette université d’hiver aura été marquée par la volonté de nommer et d’expliciter les crises que traversent la France et l’Europe, pour débattre des plans d’action envisagés. Car « mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde », nous rappelle à juste titre, Henri Guaino, à travers les mots de Camus.

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