Valérie Pécresse, un Macron au féminin

Pécresse Macron
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À trois mois de la présidentielle (10-24 avril 2022), Gavroche lance une série de portraits sur les favoris à la magistrature suprême. Entre ombres de la sacro-sainte Union européenne et reflets d’Emmanuel Macron, les poids lourds de cette cuvée 2022 peinent à se différencier. Deuxième volet de notre série avec Valérie Pécresse, la plus macronienne des Républicains.


La droite a ce mérite. Depuis le choix de ses militants d’avoir propulsé Valérie Pécresse dans l’arène nationale, Les Républicains cajolent et protègent la Versaillaise sans tension apparente. Seul Guillaume Peltier, ex-numéro 2 du parti, a cédé aux sirènes zemmouriennes. La présidente de la région Île-de-France est même la seule à avoir « battu » Emmanuel Macron dans un sondage réalisé par le JDD en décembre dernier. Mais après une fin d’année 2021 tambours battants, l’ancienne ministre sarkozyste marque le pas. Si, comme tous les autres prétendants à l’Élysée, Valérie Pécresse s’attache à critiquer chaque fait et geste du président, la candidate LR est également la cible de ses opposants en trois mots : elle serait « Macron au féminin ». D’abord, elle était pressentie pour devenir Premier ministre à l’été 2020, en lieu et place d’Édouard Philippe. Problème : le chef de l’État « n’avait pas confiance en elle », clouant définitivement une relation de « méfiance réciproque » notait Le Parisien. Après Matignon, le fond de leurs idéologies les unit passionnément. Mêmes amours pour l’Europe de Maastricht, l’accélération du libéralisme, ou la destruction du service public. Comme Jupiter, elle veut couper dans les dépenses de l’État (suppression de 200 000 fonctionnaires, diminution des allocations-chômage) et augmenter l’âge du départ à la retraite (à 65 ans). Côté campagne, rien de révolutionnaire puisque la candidate s’est directement rapproché des centristes et de l’UDI… fondus dans la nasse En Marche depuis bientôt cinq ans. S’il faut souligner un programme ambitieux pour l’école, également très proche de celui d’Éric Zemmour, Valérie Pécresse tient surtout comme le double du président sur ses positions européennes.

L’Europe : démagogie quand tu nous tiens…

Chez Les Républicains, le patron s’appelle toujours Laurent Wauquiez. Mystérieux, voire quasiment inexistant durant la primaire de la droite, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a mis son hostilité pécressienne de côté pour soutenir son homologue d’ïle-de-France. Mais il lui a surtout ordonné de « ne pas mener le match sur l’Europe » (1). « Il est important que tu te décales par rapport à l’Europe et à la présidence française de l’Union, et que tu parles d’autres sujets ». Publiés sur Front Populaires, et repris du Canard enchaîné, les propos de Laurent Wauquiez ont donné le ton de la droite pour cette dixième présidentielle. Pour elle, pas question de réformer l’UE.  « Réduire l’Europe à 12 membres, ce n’est pas crédible. Face à Trump, à la Chine, à Poutine et au péril terroriste, nous n’avons d’autre stratégie que de sauver l’Europe à 27 », déclarait-elle au Figaro en 2018. Mais cette européiste du premier jour a subitement retourné sa veste au moment de défendre la Pologne, sommée par Bruxelles de mettre de côté sa propre constitution pour faire régner la primauté du droit européen (1). Défenseuse acharnée du « oui » lors du référendum de 2005, elle n’a rien trouvé à redire lorsque Nicolas Sarkozy a fait ratifier la Constitution européenne au Parlement. Aujourd’hui, la candidate LR marche sur une ligne de crête. Au sein d’un parti traditionnellement eurobéat, Valérie Pécresse et son état-major ne peuvent fermer les yeux sur les couacs de l’UE. Son récent voyage en Grèce lui a sans doute permis d’ouvrir les yeux sur les questions d’immigration au sein de l’espace Schengen, alors que le pays commence à peine à sortir la tête de l’eau après la casse sociale et une austérité meurtrière décidées par Paris, Berlin et les autres capitales européennes dans les années 2010. Comme Emmanuel Macron, elle veut réformer le grand espace qu’est Schengen. Si elle a, de manière démagogique et simplette, annoncé qu’il faudrait des barbelés sur les plages européennes, la patronne de la région Île-de-France suivra à la lettre les directives d’Ursula von der Leyen (présidente de la Commission européenne) une fois à l’Élysée. La Versaillaise fait, en définitif, du neuf avec du vieux, se déclarant même « 2/3 Merkel 1/3 Thatcher » (donc 0 % Française ?). Elle a d’ailleurs renié ses principes politiques pour accéder au second tour de la primaire interne des Républicains.

Vive les étrangers !

Cinq ans après l’affaire Fillon, dix ans après l’affaire Bygmalion, quinze ans après le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par le colonel Kadhafi, la droite s’est à nouveau fendue d’un scandale éthique. Le 9 décembre 2021, Mediapart a révélé à l’opinion publique que Valérie Pécresse avait obtenu plusieurs centaines de voix d’électeurs étrangers à la primaire LR. Réservée aux Français en 2016, la primaire de 2021 pouvait accueillir toute personne adhérente au parti, une faille dans laquelle s’est engouffrée la futur gagnante et son équipe. Au cœur de cette manœuvre concernant des électeurs asiatiques, se trouvait Patrick Karam, fidèle lieutenant de Valérie Pécresse et vice-président de la région Île-de-France. Dans les colonnes de Mediapart, il déclare : « Je m’occupe depuis très longtemps de la communauté des Français d’origine asiatique, je fais le travail en tant que militant auprès de la communauté » avant d’ajouter : « J’ai appelé à adhérer et à voter Valérie par idéologie commune, parce qu’elle défend la démocratie, etc. Côté cambodgien, c’est une facilité pour moi, les gens me font confiance, et on partage les conceptions et idéaux de Valérie ». Avec 1 209 voix d’avance sur Michel Barnier, Valérie Pécresse a bien utilisé ces votes pour arriver à ses fins… Ironie du sort, elle s’est toujours opposée au droit de vote des étrangers pour des élections nationales ou locales.

Derrière Valérie, l’ombre de Jérôme

Dans la famille Pécresse, il y a la mère, en pleine lumière, et le père, dans la pénombre. Les ouvriers d’Alstom ne connaissent que trop bien l’époux de la candidate. Ce fleuron de l’industrie français tournait à plein régime lorsqu’en 2014, le ministre de l’Économie de l’époque, Emmanuel Macron, pousse Patrick Kron (directeur général d’Alstom) à vendre l’entreprise à l’Américain General Electric. Celui-ci repartira avec une prime de 10 millions d’euros tandis que quasiment tous les cadres seront licenciés à l’exception de… Jérôme Pécresse. Propulsé à la vice-présidence de General Electric Energy, nouveau nom d’Alstom, le Polytechnicien décide en 2016 de supprimer 800 emplois en Île-de-France, nouveau fief de Valérie qui avait à l’époque fait de la lutte contre le chômage sa priorité. Une fois encore, l’actuel chef de l’État n’est jamais bien loin de Pécresse, épouse ou mari. Blast rapporte que Valérie Pécresse et son époux possèdait des actions chez Alstom. Une pratique illégale pour Madame Pécresse, qui stipulait devant la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (la HATVP) n’avoir aucune participation financière nulle part.

Pour la première fois de son histoire, la droite enverra une femme au premier tour de la présidentielle. Malgré ses proximités idéologiques avec Emmanuel Macron, Valérie Pécresse saura-t-elle se débarrasser de son embarrassant passé ? Face au chef de l’État, attention à ce que les électeurs ne préfèrent l’originale à la copie, féminine ou non.

Clément LABONNE

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