6 juin 1944 : l’Amérique veut coloniser la France

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Le D-Day. Plus vaste opération amphibie et aéroportée de l’Histoire. Les Alliés, menés par le Royaume-Uni et les États-Unis, tentent le pari insensé d’envahir le nord de la France occupé par l’Allemagne. Une opération connue du grand public sous le prisme d’une Amérique venue sauver son vieux camarade français, humilié et pris dans les tenailles du nazisme. Officieusement, les États-Unis rêvent surtout de remplacer le IIIe Reich… et de coloniser la France.


Dans la vie, on choisit ses amis, mais on ne choisit pas ses ennemis. Dès l’année 1941, Franklin Delano Roosevelt, président américain, éprouve une haine pathologique à l’encontre de Charles de Gaulle, chef de la France libre. « Apprenti dictateur », agent à la solde du Parti communiste français, pantin… les oreilles du général sifflent. Pourquoi tant de haine ? Cette même année, l’Oncle Sam prépare l’A.M.G.O.T (Allied Military Government of the Occupied Territories), un plan visant à installer un gouvernement militaire dans un territoire occupé par l’Allemagne (1). Sous un système de protectorat, l’A.M.G.O.T priverait à ce pays toute souveraineté et la capacité de battre monnaie.

Bonjour l’A.M.G.O.T, au revoir De Gaulle ?

Le plan est taillé pour la France vaincue et humiliée de 1940. Les Français y sont même favorables. Prévu pour une durée d’un an seulement,  le général de Gaulle s’oppose fermement à ce projet. Face à l’A.M.G.O.T, le chef de la France libre crée le Comité français de libération nationale (CFLN). Première tempête pour Roosevelt. À l’été 1942, le président démocrate met en place sa deuxième stratégie : placer en Afrique du nord un général français aux ordres de Washington.

Le prétendant au poste doit être anti-gaulliste, voire issu du pétainisme. L’amiral François Darlan, ancien chef du gouvernement vichyiste, dirige le territoire entre juin et décembre 1942. Assassiné la veille de Noël, Darlan laisse le bateau africain sans capitaine. Les États-Unis se tournent alors vers Henri Giraud, partisan de la reprise du combat mais non gaulliste. À Casablanca, en janvier 1943, Roosevelt propose même à ce dernier de devenir chef de la France libre, en lieu et place du général de Gaulle (2). Dos au mur, le grand Charles accepte de partager son fauteuil avec Giraud. Une poignée de main glaciale entre les deux généraux restera dans les mémoires, devant Roosevelt tout sourire. Avec l’A.M.G.O.T et la nomination de Giraud, l’Amérique doit maintenant passer à l’action.

                                         De gauche à droite : Henri Giraud, Franklin Roosevelt, Charles de Gaulle, Winston Churchill.

Le débarquement des francs américains

Grâce à une logistique implacable de rigueur et d’organisation, Américains, Canadiens et Britanniques posent leurs rangers en Normandie. On compte également des divisions néo-zélandaises, australiennes, et seulement un bataillon français sous le commandement de Philippe Kieffer. L’opération du 6 juin 1944 est même appelée Overlord, soit suzerain en anglais. Symbole de cette appellation, les Forces françaises libres sont copieusement ignorées par les Alliés. Le plan du D-Day se fera sans elles malgré la furie du général de Gaulle : « La France a été traitée comme un paillasson ! (…) Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue », relate Alain Peyrefitte dans son livre C’était de Gaulle. Ainsi, l’administration américaine veut séduire les Français : en plus d’emmener des bouteilles de Coca-Cola, les États-Unis fabriquent en masse de nouveaux billets en franc.

Suivant le plan A.M.G.O.T, l’idée est de mettre le pays sous tutelle et le rendre dépendant y compris sur le plan monétaire. Pour de Gaulle, c’est l’affront. Dans ses Mémoires de guerre, le général écrit : « Les troupes et les services qui s’apprêtent à débarquer sont munis d’une monnaie soi-disant française, fabriquée à l’étranger, que le Gouvernement de la République ne reconnaît absolument pas. Comment voulez-vous que nous traitions sur ces bases ? ( …) Allez, faites la guerre avec votre fausse monnaie ! » (3). Quelques billets essaiment les bistrots normands, mais l’opération échoue grâce à la fermeté du CFLN.

L’A.M.G.O.T est mort, vive la France libre !

Toujours dans le cadre de l’A.M.G.O.T, un millier de soldats américains reste en garnison dans les territoires français libérés. Les Yankees entrent dans les villes françaises comme ils se baladeraient au cœur du Texas. Mais au fil des semaines, les membres du Gouvernement provisoire de la République française (GRPF, ex-CFLN) remplacent les « GI » sur le territoire, mal préparés et peu aimés de la population, des centaines de « boys » violant des femmes françaises. L’historien Robert Lilly estime à 3 500 le nombre de viols commis par les soldats américains (4). Échec cuisant pour Roosevelt, succès en marche pour la France libre qui bénéficie d’une aura médiatique au Royaume-Uni… et aux États-Unis. Le plus dur est passé.

Ainsi, De Gaulle ressort gagnant de son affrontement avec Roosevelt. Les Alliés libèrent Paris le 25 août 1944. Des soldats français entrent en premier dans la capitale après un accord tacite entre De Gaulle et le général et Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliées. Lors de son célèbre discours à Notre-Dame, Charles de Gaulle lance « Paris libéré par son peuple ». Une affirmation évidemment fausse, un énième coup de bluff qui imprègne les esprits. Les États-Unis reconnaissent enfin le gouvernement français le 23 octobre 1944. L’A.M.G.O.T oublié, seules les plages normandes garderont des noms américains, le pays ne sera pas colonisé.

Pour De Gaulle, la coupe est pleine

Dans une ultime provocation gaullienne, le Général refusera chaque année de célébrer les commémorations du 6 juin 1944. Dans le livre C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte raconte une saillie du grand Charles : « Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne ! C’est exactement ce qui se serait passé si je n’avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous-préfets, mes comités de libération ! Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! ».


La plus grande démocratie du monde a toujours été soucieuse du monde qui l’entourait. Bien que l’A.M.G.O.T n’était, en rien, un projet démocratique, Franklin Roosevelt aura bataillé corps et âme pour effacer la France de l’histoire et des cartes. Pour l’Amérique, le D-Day devait se transformer en années.

Clément LABONNE

 

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